Pour faire face à la revalorisation automatique du Smic, entrée en vigueur le 1er juin, les pouvoirs publics ont activé un dispositif destiné à préserver le pouvoir d'achat des agents de la fonction publique. Un décret, publié dans les derniers jours du mois de mai, instaure une allocation exceptionnelle au bénéfice de quelque 862 000 salariés de l'État, des collectivités territoriales et des établissements hospitaliers.

Cette indemnité, d'un montant maximal de 65,28 euros bruts par mois, vise à combler l'écart entre le traitement indiciaire et le Smic pour les agents dont la paie se situait juste au-dessus du seuil légal avant le 1er juin. La mesure est rétroactive et s'appliquera dès la paye de juin, évitant ainsi une baisse de rémunération nette pour les personnels concernés.

Le principe de la compensation repose sur un mécanisme de garantie individuelle du pouvoir d'achat (Gipa), déjà existant dans le statut général des fonctionnaires, mais l'urgence liée à la hausse du Smic a conduit l'exécutif à déroger aux circuits habituels. L'astreinte budgétaire est estimée à plusieurs centaines de millions d'euros pour l'année en cours, un coût qui s'ajoute aux dépenses sociales déjà tendues.

Un spectre très large de bénéficiaires

Le périmètre des 862 000 agents couvre l'ensemble des trois versants de la fonction publique. Sont inclus les agents civils de l'État (ministères, opérateurs publics), les fonctionnaires territoriaux employés par les communes, départements et régions, ainsi que les personnels soignants et administratifs des établissements publics de santé.

Parmi les corps les plus représentés figurent les adjoints administratifs, les techniciens de laboratoire, les aides-soignants et les agents de catégorie C en début de carrière. Pour ces personnels, le Smic a progressivement rattrapé, puis dépassé, le salaire de base indiciaire, rendant indispensable un complément pour maintenir le niveau antérieur.

Le montant de l'indemnité est plafonné à 65,28 euros bruts mensuels, mais il varie en fonction du temps de travail effectif et de la quotité de travail de chaque agent. Les agents à temps partiel percevront un montant proratisé. L'allocation est versée sans condition de ressources ni de durée minimale de service, dans la limite de la période où persiste l'écart avec le Smic.

Une réaction des syndicats

Les organisations syndicales, tout en saluant la réactivité du gouvernement, déplorent que cette mesure ne règle pas le problème structurel de la perte de pouvoir d'achat des agents en début de carrière. Plusieurs syndicats, parmi lesquels la CFDT-Fonctions publiques, la CGT et l'Unsa, ont souligné que le recours récurrent à des indemnités exceptionnelles témoigne d'un sous-financement chronique des grilles salariales.

Ils réclament une revalorisation du point d'indice, gelé ou partiellement indexé depuis plusieurs années, ainsi qu'une refonte des grilles indiciaires pour les catégories les plus basses. Certaines fédérations ont annoncé des actions de protestation dans les prochaines semaines, estimant que la compensation mensuelle est insuffisante face à l'inflation cumulative.

Des précédents et un contexte tendu

Ce n'est pas la première fois qu'un mécanisme de ce type est déployé. Une indemnité similaire avait été versée en 2022 et 2023, lors des précédentes revalorisations du Smic liées à l'inflation. Toutefois, l'ampleur du nombre de bénéficiaires — près de 862 000 — est inédite, reflétant l'érosion continue des traitements publics face à la hausse du coût de la vie.

Le gouvernement justifie ce choix par la nécessité de respecter l'obligation légale de ne pas rémunérer un agent public en deçà du Smic. Il indique également travailler à une revalorisation plus large des grilles pour les agents de catégorie C, dans le cadre du prochain projet de loi de finances.

Dans l'immédiat, l'administration centrale a diffusé une circulaire aux gestionnaires des ressources humaines pour organiser le versement de l'indemnité de manière automatisée. Les agents concernés n'auront aucune démarche à effectuer pour percevoir l'allocation, qui apparaîtra directement sur leur fiche de paie du mois de juin.