Une vaste opération conjointe menée par les enquêteurs du centre de lutte contre les criminalités numériques (C3N) de la gendarmerie française et leurs homologues belges a abouti au démantèlement d’un important réseau de retransmission illégale de chaînes de télévision par IPTV. Baptisé Noos+, ce système clandestin comptait environ 250 000 abonnés et générait un chiffre d’affaires estimé à près de 12 millions d’euros.

Les investigations, qui se sont déroulées sur plusieurs mois, ont permis l’interpellation d’une dizaine de personnes, dont le fondateur présumé du réseau, un ressortissant italien résidant en Belgique. L’homme est soupçonné d’avoir conçu et administré l’infrastructure avec l’aide d’au moins trois informaticiens expérimentés.

Une offre alléchante pour une diffusion pirate

Noos+ proposait à ses clients un abonnement mensuel de 7 euros, donnant accès à un large éventail de chaînes payantes, parmi lesquelles Canal+, Ligue 1+ et beIN Sports. Les utilisateurs pouvaient ainsi profiter de programmes sportifs, de films et de séries normalement soumis à un abonnement onéreux, le tout via un simple boîtier connecté à internet.

Le service fonctionnait grâce à un réseau de 20 serveurs hébergés dans plusieurs pays – principalement au Canada, en France et aux Pays-Bas – qui redistribuaient le flux des chaînes piratées vers les terminaux des abonnés.

Saisies et préjudice

Lors des perquisitions et des arrestations, les forces de l’ordre ont saisi des avoirs significatifs : près de 700 000 euros en cryptomonnaies, environ 400 000 euros sur des comptes bancaires, ainsi que 100 000 euros en espèces. À cela s’ajoutent du matériel informatique et des objets de luxe (montres, véhicules) dont la valeur totale est estimée à quelque 150 000 euros.

Les enquêteurs estiment que le réseau fonctionnait depuis plusieurs années et que son chiffre d’affaires total pourrait dépasser les 12 millions d’euros, ce qui en fait l’un des plus importants filons de l’IPTV illégale démantelé en France récemment.

Une coopération européenne renforcée

Cette opération illustre la montée en puissance de la coopération judiciaire entre la France et la Belgique dans la lutte contre le piratage audiovisuel. Le C3N, spécialisé dans les cybermenaces, travaille régulièrement avec ses partenaires européens pour traquer les réseaux qui exploitent des serveurs à l’étranger afin de contourner les poursuites.

Le démantèlement de Noos+ intervient alors que les ayants droit – notamment les groupes Canal+ et beIN Media Group – multiplient les actions en justice contre les fournisseurs d’accès, les DNS et les VPN pour tenter d’endiguer le phénomène. Le réseau avait justement été signalé par les plaintes de ces diffuseurs.

Quelles suites pour les abonnés ?

Les 250 000 abonnés de Noos+ ont vu leur accès coupé du jour au lendemain après la saisie des serveurs. Les autorités rappellent que le recours à ce type de services est illégal et expose les utilisateurs à des poursuites pénales, bien que dans les faits, les actions visent en priorité les diffuseurs et les organisateurs.

Le fondateur présumé et les autres mis en cause devront répondre de leurs actes devant la justice belge et française, notamment pour contrefaçon, escroquerie en bande organisée et blanchiment. Les investigations se poursuivent afin d’identifier d’éventuels complices ou ramifications.