Le détroit d’Ormuz, passage stratégique pour près d’un cinquième du pétrole et du gaz naturel liquéfié mondiaux, connaît une paralysie quasi totale. Selon des données de la société d’analyse maritime Kpler, seuls huit navires ont franchi le détroit le 16 juillet, contre treize la veille, un niveau qui n’avait pas été observé depuis plus d’un mois. Ce reflux brutal intervient alors que les hostilités entre Washington et Téhéran sont entrées dans leur sixième journée consécutive.

L’essentiel du trafic se fait désormais par le couloir imposé par l’Iran, dans ses eaux territoriales. La marine américaine a pour sa part réinstauré un blocus naval des ports iraniens, une mesure déjà appliquée d’avril à la mi-juin, durant laquelle les forces américaines avaient intercepté ou neutralisé plus de 149 bâtiments, privant la République islamique de plusieurs milliards de dollars de recettes pétrolières. Le Commandement central américain a indiqué que, depuis le début de cette nouvelle phase, trois navires marchands tentant de contourner le blocus avaient été redirigés, un autre mis hors d’état de naviguer, et un pétrolier battant pavillon des îles Cook, le Wen Yao, avait été arraisonné.

Les cours du pétrole réagissent vivement à cette nouvelle donne. Le brut de référence Brent grimpait d’environ 1,8 %, pour s’établir entre 85 et 86 dollars le baril. Le brut léger américain (West Texas Intermediate) progressait de 2 %, dépassant les 80 dollars. Cette flambée se répercute sur les prix à la pompe aux États-Unis : l’essence ordinaire a augmenté de 4 cents en moyenne, pour atteindre 3,98 dollars le gallon, tandis que le gazole s’est apprécié de 5 cents, à 5,06 dollars, d’après l’Automobile Club américain (AAA).

Les marchés boursiers accusent également le coup. Les contrats à terme sur l’indice S&P 500 reculaient de 1 % et ceux du Nasdaq de 2 %, annonçant une ouverture américaine difficile. En Asie, l’indice Taiex, à Taïwan, a plongé de 6,5 %, et le Nikkei 225, au Japon, a perdu plus de 4 %. En Europe, le FTSE 100 britannique cédait 0,2 % et le DAX allemand 0,8 %.

Face à cette situation, les pays exportateurs du Golfe cherchent des alternatives au détroit d’Ormuz. Avant le déclenchement du conflit, le 28 février, environ 20 millions de barils de pétrole transitaient chaque jour par cette voie, principalement à destination de l’Asie. Les oléoducs terrestres, qui permettent de contourner la zone, sont de plus en plus sollicités. Toutefois, des experts redoutent que l’Iran ne s’en prenne désormais à ces infrastructures. Guntram Wolff, chercheur principal au think tank Bruegel et professeur à l’Université libre de Bruxelles, estime que les campagnes de bombardements américaines n’ont pas mis fin à la capacité de Téhéran à contrôler ou perturber le détroit.

En parallèle, les forces iraniennes ont intensifié leurs attaques. Elles ont visé des pétroliers et lancé des drones et des missiles contre des installations militaires américaines situées à Bahreïn, au Koweït et en Jordanie. En représailles, Washington a mené de nouvelles frappes sur le territoire iranien et a révoqué une dérogation qui permettait à Téhéran de vendre officiellement une partie de son pétrole, une source de revenus cruciale pour le régime.

Malgré ce blocus, quelques navires continuent de circuler sous pavillon iranien en empruntant le couloir imposé. Certains pétroliers effectueraient des transferts de cargaison au large d’Oman, tandis que d’autres navigueraient « dans l’ombre », sans émetteur de localisation. Ces manœuvres indiquent que, bien que fortement réduits, des flux énergétiques subsistent, mais dans des conditions de risques extrêmes.

Les experts du marché pétrolier avertissent que la situation pourrait encore se dégrader. L’arrêt prolongé du transit par Ormuz menace de vider les stocks et de provoquer une pénurie d’approvisionnement, alors que la demande mondiale, tirée par l’Asie, ne faiblit pas. Goldman Sachs a prévenu que les frappes en cours risquent de retarder significativement le rétablissement de l’offre, déjà mis à mal par des mois de perturbations.