Un nouveau front politique s'ouvre outre-Manche autour des liens entre les autorités britanniques et l'entreprise américaine de traitement de données Palantir Technologies. Plusieurs membres de la Chambre des communes exhortent le gouvernement à mettre fin à un important contrat conclu avec le National Health Service (NHS), le système de santé public, et à divulguer davantage d'éléments concernant un contrat militaire accordé à la même société.

Un contrat NHS sous haute surveillance

L'accord en question, d'une valeur de 445 millions de dollars (environ 330 millions de livres sterling), a été signé entre Palantir et le NHS. Il vise à fournir des services d'analyse de données et d'intégration logicielle pour la gestion des informations du système de santé. La polémique monte alors que la tension politique autour de cette firme, régulièrement critiquée pour ses liens avec des agences de renseignement américaines et son rôle dans des programmes de surveillance, ne cesse de croître au Royaume-Uni.

Les parlementaires estiment que ce partenariat, qui confie à une entreprise privée une masse considérable de données de santé sensibles, soulève des questions éthiques et de souveraineté. Ils demandent au gouvernement de rompre cet engagement et de justifier publiquement les termes d'un autre contrat, cette fois-ci à caractère militaire, également attribué à Palantir. Aucune confirmation officielle de ce second contrat n'a encore été fournie dans le détail, et les députés réclament la transparence la plus complète à ce sujet.

Des critiques croisées sur la protection des données

Les détracteurs de l'accord pointent du doigt le manque de clarté sur les garanties entourant la protection des données personnelles des patients britanniques. La firme de Peter Thiel, cofondateur de Palantir, est régulièrement accusée par des organisations de défense des libertés civiles de développer des outils de surveillance de masse. Le fait que le NHS, institution pourtant emblématique du service public britannique, fasse appel à ses services suscite une vive opposition, y compris au sein de la classe politique.

Certains parlementaires jugent que l'exécutif n'a pas suffisamment consulté le Parlement avant de conclure cet accord et que les implications pour la vie privée des citoyens n'ont pas été évaluées avec assez de rigueur. La demande de divulgation du contrat militaire parallèle renforce la perception d'un manque de transparence globale de la part du gouvernement dans ses relations avec Palantir.

Un enjeu politique qui dépasse la technologie

Cette offensive parlementaire intervient dans un contexte où le Royaume-Uni cherche à renforcer sa souveraineté numérique tout en maintenant des alliances stratégiques avec des partenaires américains. Le cas Palantir cristallise les tensions entre la nécessité de moderniser les infrastructures publiques via l'intelligence artificielle et la big data, et les craintes d'une mainmise d'acteurs privés étrangers sur des données aussi sensibles que les dossiers médicaux.

Pour l'instant, ni le gouvernement britannique ni Palantir n'ont officiellement répondu aux demandes des députés. La pression devrait toutefois s'accentuer dans les prochaines semaines, d'autant que la polémique risque de s'inviter dans les débats parlementaires à venir. Si les parlementaires obtiennent gain de cause, ce serait un revers significatif pour Palantir, qui cherche à étendre sa présence sur les marchés publics européens.

Un précédent pour la surveillance de masse ?

Au-delà de l'aspect financier, les défenseurs des droits numériques voient dans cette affaire un test démocratique. La capacité du Parlement à contraindre le gouvernement à renoncer à un contrat de cette ampleur, ou à en révéler les clauses les plus sensibles, pourrait faire jurisprudence. La question sous-jacente est celle du contrôle des technologies de surveillance par les institutions représentatives, un enjeu qui dépasse largement le cadre britannique.