Des questions éthiques entourent les relations personnelles entre un ancien dirigeant du système de santé public britannique et un partenaire commercial de Palantir, au moment où l'entreprise américaine s'est vu attribuer un contrat de 330 millions de livres sterling pour gérer la plateforme de données du NHS. L'affaire, qui refait surface alors que des députés réclament la résiliation du contrat, soulève des inquiétudes sur l'indépendance des décisions au sein du service de santé.
Selon des documents consultés par plusieurs médias, l'ancien responsable aurait entretenu des liens étroits avec une personne proche de Palantir, sans que ces relations n'aient été rendues publiques lors de l'attribution du marché. Le contrat, signé en 2023, confie à Palantir l'exploitation de la Federated Data Platform (FDP), un système destiné à interconnecter les bases de données des différents acteurs du NHS.
Un rapport parlementaire accablant
Le comité interservices de la Chambre des communes chargé de la science, de l'innovation et de la technologie a rendu un rapport cette semaine, exhortant le gouvernement à mettre fin au partenariat avec Palantir. Les parlementaires demandent notamment que soient révélées « la nature exacte de l'accès de Palantir aux données identifiables et non identifiables des patients, sur quelle base légale cela a été autorisé, quand et par qui ». Le document souligne que, près de trois ans après le début du contrat, rien ne garantit que les données médicales ne seront pas utilisées à des fins de surveillance de masse.
Des experts interrogés estiment que les risques sont réels. Duncan McCann, du Good Law Project, met en garde : « Nous avons déjà vu aux États-Unis comment l'immersion de Palantir dans tant de domaines gouvernementaux a permis de construire un système fournissant des profils détaillés des personnes pour faciliter les raids de l'ICE. La même chose est en train de se produire avec l'intégration de Palantir dans le secteur public britannique. »
Des liens qui interrogent
L'ancien haut responsable concerné, qui occupait un poste clé au sein de NHS England au moment de l'appel d'offres, aurait participé à des réunions informelles avec un partenaire de Palantir, bien avant l'annonce officielle du contrat. Ces rencontres, qui n'apparaissent pas dans les registres de transparence, auraient porté sur les capacités techniques de la plateforme proposée par l'entreprise.
Interrogé sur ces révélations, un porte-parole du NHS England a indiqué que « tous les processus d'attribution des marchés respectent scrupuleusement les règles en vigueur », sans commenter spécifiquement le cas de l'ancien responsable. De son côté, Palantir affirme que ses interlocuteurs « agissent toujours dans le cadre légal et déontologique ».
Une opposition grandissante
L'affaire intervient dans un contexte de défiance croissante envers Palantir. Soixante-neuf pour cent des NHS Trusts régionaux ont déjà adopté la plateforme, mais des voix s'élèvent pour dénoncer l'opacité du système. La British Medical Association a appelé les médecins généralistes à refuser d'y adhérer. Le Greater Manchester Integrated Care Board, qui supervise les soins pour 2,8 millions de personnes, a pour sa part refusé de signer, invoquant des risques de sécurité non résolus et l'existence de technologies internes plus performantes.
Au-delà du NHS, d'autres institutions publiques montrent des signes de résistance. Le maire de Londres a bloqué un contrat de 50 millions de livres sterling entre Palantir et la police métropolitaine, estimant qu'il avait été attribué de manière irrégulière. Le ministère du Logement a remplacé un système Palantir destiné à mettre en relation des hôtes britanniques avec des réfugiés ukrainiens par sa propre technologie. À Coventry, des élus locaux et des syndicats protestent contre le renouvellement d'un contrat de 750 000 livres sterling avec les services de l'enfance de la municipalité.
Des experts mettent en garde
Des technologues ayant travaillé sur la FDP avertissent que même si Palantir était évincé, les problèmes structurels de protection des données subsisteraient. Tom Bartlett, un informaticien du NHS qui a participé au projet, déclare : « On pourrait retirer Palantir, mais le danger demeure. On pourrait toujours avoir un gouvernement qui dirait : "Nous avons besoin des données du NHS et de celles du ministère de l'Intérieur connectées, et nous voulons les utiliser pour refuser des soins à des personnes ou les expulser, peu importe." »
Le débat parlementaire sur l'avenir du contrat devrait se poursuivre dans les prochaines semaines, tandis que l'opinion publique et les associations de défense des droits numériques appellent à une refonte complète de la gouvernance des données de santé au Royaume-Uni.