« Le système éducatif ne sert pas les intérêts des enfants blancs de la classe ouvrière ». C'est le constat sévère dressé par une commission d’enquête indépendante, qui réclame des transformations « une fois par génération » pour remédier à une situation qualifiée d’échec collectif.

Commanditée par le groupement multi-académies Star Academies et soutenue par le ministère de l'Éducation, cette enquête de près d'un an s'est penchée sur le sort des 1,25 million de jeunes Anglais identifiés comme blancs britanniques et bénéficiaires de repas scolaires gratuits. Les auteurs ont interrogé des milliers d'élèves et leurs parents, ainsi que des centaines d'enseignants, et analysé les données éducatives relatives à ce groupe.

Selon les conclusions, les enfants blancs défavorisés constituent le plus vaste groupe démographique affichant les résultats scolaires les plus faibles du système anglais. La commission estime qu'aucune des initiatives lancées au cours des trente dernières années n'a permis d'améliorer de manière significative et durable leurs performances.

Responsabilité partagée et désir de voies professionnelles

La co-présidente de l'enquête, la baronne Estelle Morris, qui fut ministre de l'Éducation sous le gouvernement de Tony Blair entre 2001 et 2002, a souligné que la responsabilité de cet échec « ne peut pas incomber aux seules écoles ». Elle a également exclu l'hypothèse d'un manque d'ambition ou d'effort de la part des jeunes concernés.

L'enquête met en lumière un décalage entre les aspirations professionnelles des familles et ce que l'école peut leur offrir. Alors que le système privilégie souvent la voie académique vers l'enseignement supérieur, les familles interrogées attachent davantage d'importance à l'expérience sociale de l'école et réclament des options professionnelles de qualité, comme les apprentissages, à proximité de leur domicile.

La ministre de l'Éducation, Bridget Phillipson, a réagi en déclarant que des générations entières avaient été « volées de leurs chances ». « Les communautés dont parle ce rapport sont mes communautés. Je sais ce qu'elles ont donné à ce pays et ce que ce pays n'a pas su leur rendre », a-t-elle ajouté.

24 recommandations pour un « réengagement »

Pour inverser la tendance, la commission formule 24 recommandations couvrant l'ensemble du parcours scolaire. Parmi les mesures phares figurent :

  • Accès gratuit aux transports publics locaux pour tous les jeunes jusqu'à 21 ans, afin de faciliter l'accès à l'éducation, à la formation et à l'emploi.
  • Extension des 30 heures de garde d'enfants gratuites à toutes les familles défavorisées, et non plus uniquement à celles dont les parents travaillent.
  • Faire de la maîtrise de la lecture à l'école primaire une priorité nationale ciblant explicitement les enfants blancs issus des milieux populaires.
  • Un développement massif des places d'apprentissage, avec pour objectif que tout jeune qui le souhaite puisse accéder à un apprentissage de qualité localement.

L'enquête pointe également la transition vers l'enseignement secondaire comme un moment critique où certains élèves commencent à décrocher. Stephen, un jeune de seize ans, raconte avoir quitté l'école trois ans plus tôt et être resté sans formation pendant la même durée. Il explique qu'un système plus « pratique » l'aurait peut-être retenu : « Pour moi, le travail écrit ne fonctionnait pas. Les écoles doivent proposer davantage de travaux pratiques, cela aiderait ceux qui ne peuvent pas terminer leur scolarité en leur apprenant des compétences réellement utiles. »

Au-delà de ces mesures, la commission appelle à un renforcement du soutien dès la petite enfance, à une meilleure prise en charge de la santé mentale et à une restriction de l'usage des smartphones dans les établissements.

L'enquête note enfin une croyance croissante, au sein des familles blanches défavorisées, que le système éducatif actuel ne garantit plus la réussite future. Les recommandations visent à inverser cette perception et à offrir des perspectives tangibles à une génération qui, selon les mots de la ministre, a été « volée ».