Un nouveau rapport commandé par l’exécutif vient bousculer le débat budgétaire français. Rendu public dans la deuxième quinzaine de juillet, ce document rédigé par quatre spécialistes des questions économiques – Xavier Ragot, président de l’Observatoire français des conjonctures économiques, Jean-Luc Tavernier de l’Inspection générale des Finances, Xavier Jaravel, président délégué du Conseil d’analyse économique, et Natacha Valla, doyenne de l’École du management de Sciences-Po – dresse un constat sévère de la trajectoire des finances publiques.

Un effort évalué à 125 milliards d’euros

Selon les conclusions des économistes, un effort minimal de 125 milliards d’euros serait indispensable d’ici la fin du prochain quinquennat pour parvenir à stabiliser le taux d’endettement et éviter une crise de confiance des marchés. Ce chiffre est présenté comme le montant nécessaire pour enrayer la dérive des comptes. Dans leur analyse, les experts précisent que 126 milliards d’euros d’économies ou de recettes supplémentaires sont nécessaires à l’horizon 2032.

Les projections réalisées à politique inchangée sont alarmantes. Le déficit public, qui devrait atteindre 5 % du produit intérieur brut en 2026, grimperait à 5,9 % l’année suivante, puis à 6,8 % en 2030. La dette publique, quant à elle, passerait de 118,4 % du PIB en 2026 à 130,5 % en 2030. Dans le même temps, la charge de la dette – les intérêts versés aux créanciers – bondirait de 78 milliards d’euros en 2026 à 124 milliards en 2030, soit une hausse de 46 milliards.

Des dépenses structurelles sous pression

Le rapport identifie plusieurs postes de dépenses qui pèseront lourdement sur l’équilibre budgétaire à moyen terme. Les dépenses militaires devraient croître de 19 milliards d’euros, les dépenses liées aux retraites de 47 milliards, et celles de santé de 40 milliards. Ces seules évolutions, inscrites dans les tendances démographiques et les engagements internationaux, aggravent mécaniquement le solde public.

Les économistes insistent sur l’urgence d’agir dès 2027. « La volonté politique sera une condition-clef de la réussite de l’ajustement, et ce dès 2027 », écrivent-ils. Pour Xavier Jaravel, interrogé dans la foulée de la publication, cette question devrait constituer un enjeu central de la campagne présidentielle de 2027. « Est-ce que les candidats veulent stabiliser la dette, ce qui semble être le minimum d’ambition à se donner ? Et comment comptent-ils y arriver ? » s’est-il interrogé.

Trois leviers et une piste d’année blanche

Le rapport préconise un ajustement budgétaire « soutenu dans la durée » en mobilisant trois leviers principaux : des économies dans les dépenses publiques, une augmentation des recettes – dans une moindre mesure – et des mesures visant à relever le potentiel de croissance de l’économie française. Les auteurs soulignent que « l’effort devra être partagé, et il serait illusoire de penser, compte tenu des montants en jeu, qu’il pourrait être concentré sur certaines catégories seulement de la population ».

Les experts évoquent également, sans la détailler, la piste d’une « année blanche » budgétaire en 2027. Ce terme désigne traditionnellement une suspension temporaire de certains avantages ou revalorisations, souvent dans le cadre des retraites ou des prestations sociales.

Une promesse européenne en péril

La France s’est engagée, deux ans plus tôt, auprès de ses partenaires de l’Union européenne à ramener son déficit public sous la barre des 3 % du PIB en 2029. L’exécutif a réaffirmé cet objectif à plusieurs reprises. Les projections contenues dans le rapport montrent que, sans mesures correctrices, cet engagement est hors de portée. À politique inchangée, le déficit poursuivrait sa progression, s’éloignant encore davantage de la cible fixée.

Plusieurs personnalités politiques ont réagi à ces révélations. Thierry Breton, ancien commissaire européen, a estimé que le fait de ne plus parvenir à élaborer un budget avec un déficit inférieur à 5 % est « inacceptable ». Le député Philippe Juvin a quant à lui alerté : « Si on ne change rien, en 2030, le déficit va monter à 7 %. »

Un document commandé en mai

Le rapport avait été commandé fin mai par le ministre de l’Économie, Roland Lescure, et le ministre de l’Action et des Comptes publics, David Amiel. Les quatre économistes ont travaillé plusieurs semaines avant de remettre leur document, que le gouvernement a rendu public. Cette mission s’inscrit dans un contexte de dégradation continue des comptes publics, marqué par une dette qui a franchi en début d’année le seuil des 3 536 milliards d’euros, un niveau record.

L’Organisation de coopération et de développement économiques avait déjà alerté sur la trajectoire de long terme de la dette française, prévoyant qu’elle pourrait atteindre 203 % du PIB d’ici 2060 en l’absence de réforme. Le rapport des quatre économistes constitue une pièce supplémentaire dans le débat sur la soutenabilité de la dette française, à quelques mois de l’élection présidentielle.

Les experts appellent à un déclenchement rapide des réformes, estimant que l’année 2027 sera déterminante pour inverser la tendance. Sans action, le risque est celui d’une perte de contrôle des finances publiques, avec des conséquences potentielles sur la capacité de la France à emprunter dans des conditions favorables.