L'OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques) a publié, ce 1er juillet, une étude prospective sur l'évolution de la dette publique française. Ses travaux estiment que, dans l'hypothèse d'un statu quo sur les politiques budgétaires actuelles, le ratio d'endettement du pays grimperait à 203 % du PIB d'ici 2060. Ce niveau représenterait plus du double du taux enregistré en 2025, année où la dette française s'établissait déjà à 112,9 % du PIB selon les critères de Maastricht.

Cette projection intervient dans un contexte où la trajectoire des finances publiques suscite de vives inquiétudes. La France a vu sa dette franchir la barre des 3 536 milliards d'euros au premier trimestre de l'année en cours, un record historique. Le déficit public, qui a atteint 5,5 % du PIB en 2025, dépasse largement les 3 % autorisés par les traités européens. Le gouvernement a présenté un plan de retour sous les 3 % d'ici à 2029, mais les mesures d'économie annoncées se heurtent à un contexte politique fragile, marqué par l'absence de majorité absolue à l'Assemblée nationale.

Un avertissement de long terme

L'OCDE souligne que la dégradation de la soutenabilité de la dette résulte principalement de l'accumulation des déficits primaires (déficit hors charge de la dette) et de la hausse des dépenses liées au vieillissement de la population. En l'absence de réforme structurelle, les intérêts de la dette deviendraient le premier poste de dépenses de l'État, dépassant ceux de l'éducation ou de la défense. L'institution basée à Paris précise que seul un ajustement budgétaire significatif – estimé à environ 2,5 points de PIB par an sur plusieurs années – permettrait de stabiliser la dette, voire de l'infléchir. Ces conclusions rejoignent les mises en garde récurrentes de la Cour des comptes, qui jugeait en juin dernier la réduction du déficit « insuffisante » face à une situation des finances publiques qu'elle qualifiait d'« alarmante ».

Des options politiques limitées

Les scénarios de l'OCDE n'ont pas de vocation prédictive, mais visent à éclairer les conséquences à long terme des choix budgétaires. Ils soulèvent la question délicate de l'arbitrage entre réduction de la dépense publique et hausse des prélèvements obligatoires. L'organisation note que la rigueur budgétaire seule ne permet pas de réduire durablement le taux d'endettement si elle n'est pas accompagnée de mesures de croissance ou de réformes structurelles (marché du travail, retraites, santé). En France, le débat politique est vif : certains partis d'opposition réclament une relance par l'investissement, tandis que le gouvernement défend une trajectoire de consolidation progressive. L'OCDE ne tranche pas ce débat, mais insiste sur le coût de l'inaction : à politique inchangée, le poids de la dette étoufferait les marges de manœuvre budgétaires dès le début de la prochaine décennie.

Réactions et perspectives

Du côté de Bercy, on prend acte de ces projections sans en commenter la date, tout en rappelant que le gouvernement a déjà engagé un plan d'économies de 10 milliards d'euros pour 2026. Les syndicats et les associations d'élus locaux expriment leur crainte que la charge de l'ajustement ne pèse sur les services publics et les collectivités territoriales, premiers contributeurs à la dépense publique. La Commission européenne, qui surveille la procédure pour déficit excessif ouverte contre la France, attend un rapport détaillé sur les mesures correctrices d'ici septembre. Les marchés financiers, pour leur part, suivent de près ces indicateurs : le taux souverain à 10 ans français s'est légèrement tendu après la publication de l'étude de l'OCDE, reflétant la persistance de doutes sur la capacité du pays à assainir ses comptes.

Un enjeu à moyen et long terme

Si la projection de 203 % du PIB peut sembler lointaine, elle met en lumière une tendance qui, selon l'OCDE, se matérialisera dès 2035 si des mesures correctrices ne sont pas prises rapidement. L'organisation recommande notamment de réformer le système de retraite, de maîtriser l'évolution des dépenses de santé et de renforcer l'efficacité de la dépense publique. Elle insiste aussi sur l'importance d'une stratégie de croissance durable, qui passe par des investissements dans la transition écologique et numérique. La France, troisième économie de la zone euro avec un PIB de 2 700 milliards d'euros, dispose d'une capacité d'emprunt encore solide, mais les agences de notation Moody's et Fitch ont déjà abaissé leur perspective sur la dette française, passant de « stable » à « négative ».