Le père d'Estelle Mouzin, Éric Mouzin, a vivement critiqué le fonctionnement de l'appareil judiciaire français à l'occasion de la disparition de Lyhanna, une adolescente de 15 ans dont le corps a été retrouvé porteur de vêtements similaires à ceux qu'elle portait le jour de sa disparition. Dans des déclarations rapportées ce jeudi, il a estimé que les mêmes carences observées dans l'affaire de sa fille continuent de se reproduire aujourd'hui.
« Les mêmes problèmes persistent depuis très longtemps, a-t-il affirmé. On n'a pas appris des erreurs commises dans le passé. » Éric Mouzin a notamment pointé du doigt l'absence de coordination entre les services, les délais dans le traitement des signalements et le manque de moyens alloués aux enquêtes. Il a déploré que des failles structurelles, déjà identifiées il y a vingt ans, n'aient jamais été corrigées.
Un parallèle entre deux affaires
Estelle Mouzin, 9 ans, avait disparu en janvier 2003 à Guermantes, en Seine-et-Marne. Son corps n'a été retrouvé que des années plus tard, après les aveux du tueur en série Michel Fourniret, condamné à perpétuité. L'enquête avait été marquée par des retards et des erreurs d'orientation, ce qui avait conduit à une longue bataille judiciaire pour la famille Mouzin. Éric Mouzin s'est battu pendant des années pour obtenir la réouverture du dossier et la reconnaissance des manquements.
Aujourd'hui, il voit un écho dans l'affaire Lyhanna, disparue début juin dans des circonstances encore floues. « On retrouve exactement les mêmes dysfonctionnements : des signalements qui n'ont pas été traités à temps, des informations qui ne remontent pas, a-t-il détaillé. La justice n'a pas de mémoire. »
Des réformes réclamées depuis vingt ans
Le père de famille a rappelé qu'il avait lui-même adressé de nombreuses lettres aux autorités pour alerter sur les lacunes du système, sans obtenir de réponse satisfaisante. Il a appelé à une réforme en profondeur de la procédure pénale, notamment en matière de disparitions inquiétantes. « Il faut que les parquets soient obligés de prendre au sérieux chaque signalement, que les recoupements soient systématiques et qu'un fichier centralisé des personnes disparues soit réellement opérationnel », a-t-il insisté.
Il a également critiqué l'absence de mandat d'arrêt européen pour un suspect potentiel, déplorant que les outils juridiques existants ne soient pas utilisés efficacement. « On parle beaucoup de modernisation, mais sur le terrain, rien ne change », a-t-il ajouté.
Une douleur qui reste vive
Éric Mouzin a confié que chaque nouvelle disparition d'enfant rouvrait sa blessure. « Je pense à la famille de Lyhanna, je sais ce qu'elle traverse. C'est une douleur insupportable, et en plus ils doivent se battre contre une machine judiciaire qui ne les aide pas », a-t-il déclaré, la voix empreinte d'émotion.
Il a salué le travail des enquêteurs mais estimé que la hiérarchie judiciaire et les politiques publiques sont en cause. « Les policiers et les gendarmes font ce qu'ils peuvent avec les moyens du bord, mais ils sont souvent désarmés face à l'inertie de l'institution », a-t-il observé.
Un appel à une prise de conscience
Alors que l'autopsie du corps retrouvé est en cours pour confirmer ou non l'identité de Lyhanna, la famille Mouzin espère que cette nouvelle affaire servira de déclic. « Il ne faudrait pas qu'il faille un énième drame pour que des mesures soient enfin prises », a mis en garde Éric Mouzin.
Il a souligné que des progrès ont été accomplis, comme la création d'une cellule d'enquête dédiée aux dossiers non élucidés, mais que ceux-ci restent insuffisants. « On a encore des juges qui changent tous les six mois, des dossiers qui s'empilent, des familles qui sont laissées dans l'angoisse », a-t-il énuméré.
Le gouvernement n'a pas réagi dans l'immédiat à ces déclarations. Plusieurs associations de victimes ont apporté leur soutien à Éric Mouzin et réclament également une refonte du système judiciaire en matière de disparitions.
Un combat qui continue
Pour Éric Mouzin, la lutte contre l'impunité et pour une justice plus humaine reste son combat quotidien. Il a annoncé son intention de rencontrer prochainement des parlementaires pour évoquer ces questions. « Je ne lâcherai rien, car je sais que tant que les dysfonctionnements subsisteront, d'autres familles vivront le même calvaire », a-t-il conclu.
L'affaire Lyhanna, qui a suscité une vive émotion dans l'opinion publique, relance ainsi le débat sur les limites de l'institution judiciaire face aux disparitions d'enfants.