L'ancien chef du gouvernement français, Édouard Philippe, a exhorté les dirigeants européens à sortir de ce qu'il considère comme une « torpeur » face à l'enchaînement des crises mondiales. Dans une intervention récente, il a estimé que l'Union européenne devait impérativement « se ressaisir » et bâtir un projet de relance crédible, arguant que les réponses apportées jusqu'à présent restent insuffisantes face à l'ampleur des défis.

Un appel à l'action face aux crises multiples

L'ancien locataire de Matignon a dressé un tableau sans concession des fragilités européennes. Selon lui, le continent est confronté à une accumulation de chocs – guerre en Ukraine, tensions commerciales, envolée des prix de l'énergie, urgence climatique – qui impose une réaction collective d'une ampleur inédite. « L'Europe ne peut plus se permettre de simples ajustements à la marge », a-t-il déclaré, plaidant pour une « rupture franche » avec les habitudes de « bricolage budgétaire » qui prévalent trop souvent.

Édouard Philippe a insisté sur la nécessité de concilier discipline budgétaire et investissements d'avenir. Alors que plusieurs États membres peinent à respecter les critères de Maastricht, il a appelé à ne pas sacrifier les dépenses stratégiques – défense, transition écologique, numérique – sur l'autel de l'austérité. « Le vrai risque, ce n'est pas la dette, c'est l'absence de croissance », a-t-il affirmé, reprenant un argument souvent avancé par les partisans d'une relance keynésienne.

Un débat sur les moyens de la relance

L'ancien Premier ministre s'est également prononcé en faveur d'une « véritable architecture financière commune », sans toutefois préciser s'il soutenait la création de nouveaux emprunts mutualisés à l'instar du plan de relance post-Covid. Il a invité les Vingt-Sept à ouvrir « sans tabou » le chantier d'un budget européen renforcé, capable de financer des biens publics comme la défense ou le climat. « Nous avons les outils, il nous manque la volonté politique », a-t-il regretté.

Cette prise de position intervient dans un contexte où le débat sur la gouvernance économique de l'UE est relancé. D'un côté, des pays comme l'Allemagne et les Pays-Bas plaident pour un retour rapide à l'orthodoxie budgétaire. De l'autre, des voix – dont celle d'Édouard Philippe – estiment qu'une relance massive est indispensable pour éviter une décroissance chronique. L'ancien chef du gouvernement français a d'ailleurs salué les initiatives françaises en faveur d'un « New Deal » vert, tout en jugeant qu'elles devaient être « amplifiées et coordonnées à l'échelle européenne ».

Une relance encore à inventer

Reste que la traduction concrète de ces appels reste incertaine. À Bruxelles, les négociations sur le prochain cadre financier pluriannuel piétinent, les États membres peinant à s'accorder sur les priorités et le niveau des dépenses. La Commission européenne a proposé un budget 2027 qui serre la vis sur les ministères, hors défense et dette, ce qui a suscité des critiques de la part des partisans d'une relance plus ambitieuse.

Édouard Philippe en a appelé à un « sursaut politique » de la part des dirigeants européens, estimant que « l'heure n'est plus aux discours, mais aux actes ». Il a souligné que, sans une réponse collective forte, l'Europe risquait de « décrocher » face à la Chine et aux États-Unis, qui investissent massivement dans les technologies vertes et la défense. « L'Europe doit être un acteur, pas un spectateur », a-t-il conclu.

Un message qui résonne dans le débat français

Bien que n'occupant plus de fonction gouvernementale, l'ancien Premier ministre continue d'influencer le débat public. Ses prises de position sur la relance européenne interviennent alors que la France prépare son propre budget 2027, marqué par des arbitrages difficiles entre réduction des déficits et financement des priorités écologiques et sociales. Le ministre de l'Économie, Roland Lescure, a confirmé une hausse du taux du livret A à 1,7 %, signe d'un contexte inflationniste qui complique la tâche des gouvernements.

Certains analystes jugent que l'appel d'Édouard Philippe pourrait peser dans les discussions à venir, notamment au sein de la majorité présidentielle, où les sensibilités varient entre orthodoxie budgétaire et volonté de relance. L'ancien locataire de Matignon, qui n'a jamais caché ses ambitions pour 2027, semble ainsi poser des jalons en matière de politique économique.

En attendant, l'Europe reste confrontée à des choix cruciaux. La question du financement de la transition écologique, de la défense et de la compétitivité industrielle demeure entière. Édouard Philippe l'a résumée en une formule : « La relance est encore à inventer, mais l'urgence est là. »