L’ancien Premier ministre et candidat à l’élection présidentielle Édouard Philippe a présenté, ces derniers jours, un ensemble de propositions visant à adapter la France aux épisodes caniculaires à répétition. Son plan repose sur deux piliers : l’installation généralisée de systèmes de climatisation dans les lieux publics et la création d’une « DATAR 2.0 », une agence repensée pour coordonner l’adaptation du territoire au réchauffement climatique.

Lors d’une déclaration publique, Édouard Philippe a jugé « anormal » que les canicules continuent de provoquer des milliers de décès chaque année en France. « On ne devrait pas accepter que les canicules entraînent des milliers de morts. Ce n’est pas normal », a-t-il lancé, estimant que le pays doit sortir d’une logique de simple gestion de crise pour adopter une stratégie d’adaptation structurelle.

Un équipement massif des bâtiments publics

Le candidat propose d’équiper systématiquement les écoles, les maisons de retraite, les crèches, les hôpitaux et les administrations d’installations de climatisation performantes. Selon lui, ces infrastructures doivent être considérées comme des refuges climatisés pour la population lors des pics de chaleur. Il plaide pour un investissement public massif, sans toutefois en chiffrer le coût total.

Cette orientation le distingue nettement des positions défendues par d’autres responsables politiques. Alors que plusieurs voix s’étaient élevées pour réclamer des « congés climatiques » – une suspension du travail lors des vagues de chaleur – Édouard Philippe estime qu’il faut « arrêter de toujours penser que la solution est de travailler moins ». Il privilégie une approche pragmatique d’adaptation du bâti et des équipements plutôt qu’une modification des rythmes de travail.

Une « DATAR 2.0 » pour coordonner l’adaptation

Le second volet de son plan prévoit la renaissance d’une structure interministérielle calquée sur le modèle de l’ancienne Délégation interministérielle à l’aménagement du territoire et à l’attractivité régionale (DATAR). Cette « DATAR 2.0 » aurait pour mission de piloter les politiques d’adaptation climatique à l’échelle locale, en lien avec les collectivités territoriales. Elle serait chargée d’identifier les zones les plus vulnérables, de coordonner les investissements et de veiller à une répartition équitable des moyens sur l’ensemble du territoire.

Édouard Philippe souhaite ainsi rompre avec ce qu’il perçoit comme une « sédimentation » de dispositifs épars. Il appelle à une planification territoriale renforcée, capable d’anticiper les effets du réchauffement et non plus seulement de réagir après chaque épisode caniculaire.

Un débat politique qui s’intensifie

Ces propositions interviennent alors que la France traverse une série de vagues de chaleur, avec des températures qui pourraient se maintenir à des niveaux élevés jusqu’au début du mois de juillet. Plusieurs scientifiques ont récemment alerté sur le manque de préparation du pays face au climat actuel et futur. Dans une tribune collective, vingt-six chercheurs ont estimé que « la France n’est pas prête au climat d’aujourd’hui et encore moins à celui de demain », appelant à des investissements massifs dans l’adaptation.

Le débat sur les réponses à apporter aux canicules agite la campagne présidentielle. D’un côté, les partisans de la climatisation – rejoints par l’ancien Premier ministre – mettent en avant la nécessité de protéger immédiatement les populations vulnérables. De l’autre, des écologistes critiquent une solution énergivore qui aggraverait le réchauffement à long terme. Certains élus locaux, comme le ministre délégué aux Collectivités territoriales Sébastien Lecornu, avaient appelé à un « débat de bon sens » sur la question, laissant aux maires la liberté de décider selon les spécificités de leur territoire.

L’ancienne présidente de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe), Monique Barbut, avait également réclamé la mise en place d’un plan de financement dédié à l’adaptation, anticipant une troisième vague de chaleur persistante. Le gouvernement en place avait déjà lancé un « plan endurance » axé sur l’adaptation des logements, mais sans y inclure de volet climatisation généralisée.

Quels financements et quelles priorités ?

La proposition d’Édouard Philippe soulève la question du coût et de l’impact environnemental. La climatisation massive des bâtiments publics représenterait un investissement considérable et augmenterait la consommation électrique, notamment en période de pointe estivale. Le candidat n’a pas précisé comment il entend concilier ce recours accru à la climatisation avec les objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Il n’a pas non plus détaillé les sources de financement de cette « DATAR 2.0 », ni les mécanismes concrets de pilotage.

En l’absence d’annonces chiffrées, le débat se concentre pour l’instant sur les orientations politiques. Édouar Philippe mise sur une réponse volontariste et centralisée, qu’il oppose à une gestion locale qu’il juge trop timide. Reste à savoir si ce programme séduira les collectivités territoriales et les associations d’élus, qui revendiquent une plus grande liberté d’action face aux contraintes climatiques.