Une vaste enquête scientifique menée au Royaume-Uni suggère que le temps passé devant un écran – tablette, smartphone, télévision – par les enfants de moins de deux ans peut nuire à leur développement. Les résultats, présentés comme une référence dans le domaine de la petite enfance, alertent sur les conséquences d’une exposition numérique précoce.

L’étude montre que les très jeunes enfants qui regardent régulièrement des écrans disposent de moins d’occasions de jouer physiquement, d’échanger avec leurs parents ou leurs proches, et de développer leurs compétences linguistiques. Les chercheurs soulignent que ces activités fondamentales sont cruciales pour la construction cognitive et affective des bébés et des tout-petits.

« Cela doit changer », ont déclaré les auteurs de l’étude, appelant à une prise de conscience collective. Ils insistent sur le fait que les écrans ne remplacent pas les interactions humaines directes, les jeux d’imitation ou le contact physique, éléments clés pour l’acquisition du langage et la création de liens affectifs sécurisants.

Des conséquences sur plusieurs plans

Selon l’équipe de recherche, les effets observés ne se limitent pas au domaine cognitif. La réduction du temps de jeu libre et des activités motrices, due à la fixation sur un écran, pourrait également affecter le développement physique des enfants. Par ailleurs, l’absence de dialogue interactif – par exemple lorsqu’un adulte commente les images avec l’enfant – limiterait l’exposition au vocabulaire et aux structures grammaticales nécessaires à l’apprentissage de la parole.

Les scientifiques ont fondé leurs conclusions sur l’analyse de données longitudinales portant sur un large échantillon de jeunes enfants. Ils ont comparé les trajectoires développementales de ceux ayant été exposés aux écrans avant l’âge de deux ans avec celles d’enfants n’ayant pas eu ce type d’exposition. Les différences mesurées, bien que modestes en moyenne, étaient statistiquement significatives.

L’étude ne précise pas de seuil de temps exact au-delà duquel les risques deviendraient importants, mais elle met en garde contre toute utilisation régulière d’écrans chez les enfants de moins de deux ans. Les recommandations actuelles des autorités sanitaires dans plusieurs pays – dont la France – déconseillent déjà totalement l’exposition aux écrans avant cet âge.

Un appel à la responsabilité parentale et collective

Les chercheurs estiment que les parents, les éducateurs et les pouvoirs publics doivent prendre conscience de l’ampleur du phénomène. Ils encouragent à privilégier les activités sans écran – lecture, jeux de construction, promenades – et à instaurer des moments de qualité partagés en famille. « Ce n’est pas seulement une question de santé individuelle, c’est un enjeu de société », ont-ils insisté.

Cette étude intervient dans un contexte où l’omniprésence des appareils numériques dans les foyers expose de plus en plus tôt les enfants. Plusieurs associations de protection de l’enfance avaient déjà tiré la sonnette d’alarme ces dernières années, sans disposer de données aussi solides.

Les auteurs précisent que leurs travaux ne doivent pas être interprétés comme une condamnation absolue de tout usage ponctuel et très occasionnel, mais comme un signal fort contre une banalisation du temps d’écran chez les tout-petits. Ils appellent à de nouvelles recherches pour affiner la compréhension des mécanismes en jeu et pour évaluer l’efficacité des interventions de prévention.