Une équipe de recherche annonce avoir extrait des cellules de levure du système digestif d'Ötzi, l'homme des glaces conservé naturellement dans les Alpes, et les avoir employées avec succès pour faire lever une pâte à pain. Cette expérience, qui mêle archéologie et microbiologie, révèle la présence de micro-organismes encore actifs après plusieurs millénaires.

Une découverte intestinale

Le corps momifié de l'homme de l'Âge du bronze a été découvert il y a trente-cinq ans dans un glacier alpin. Victime d'une flèche dans le dos il y a environ 5 300 ans, Ötzi a bénéficié d'une momification naturelle due à la congélation rapide, ce qui a permis la conservation exceptionnelle de ses cellules dans un état hydraté. Les scientifiques ont analysé le contenu de ses intestins et y ont repéré la présence de levures. En laboratoire, ils ont réussi à en cultiver une souche viable.

Au-delà de la levure elle-même, les analyses ont également mis en évidence une bactérie intestinale désormais presque inexistante chez les humains modernes. Cette découverte pourrait fournir des indices sur le microbiote des populations préhistoriques et sur les transformations de la flore intestinale au fil des millénaires.

La fabrication du pain

En utilisant cette souche de levure antique, les chercheurs ont préparé une pâte à pain. La fermentation s'est déroulée normalement, permettant d'obtenir un pain cuit. Il ne s'agit pas seulement d'un exploit technique : l'expérience vise à reconstituer un geste alimentaire du Néolithique et à comprendre les pratiques de fermentation de l'époque. Le fait que la levure soit restée viable suggère que les aliments fermentés pouvaient jouer un rôle dans l'alimentation d'Ötzi.

Un corps qui livre toujours des informations

Depuis sa découverte dans les Alpes, la momie d'Ötzi n'a cessé de fournir des données aux archéologues, anthropologues et biologistes. Son équipement, son régime alimentaire et les pathologies dont il souffrait ont déjà été étudiés en détail. Cette nouvelle découverte ajoute une dimension inattendue : la possibilité d'explorer non seulement ce qu'il a mangé, mais aussi les micro-organismes qui coexistaient avec les humains de l'Âge du bronze.

Implications et limites

Si la renaissance d'une levure vieille de 53 siècles a suscité l'intérêt, les scientifiques restent prudents. Les conditions de conservation de la momie ont pu altérer le microbiote d'origine. Néanmoins, cette première réussite ouvre la voie à l'étude d'autres micro-organismes préservés dans des momies ou des sites archéologiques gelés. Elle démontre aussi que la frontière entre le passé et le présent peut être franchie, au propre comme au figuré, par un simple morceau de pain.