Un vaste chantier va s’ouvrir à Dunkerque, dans le nord de la France, avec la construction d’une unité de production de carburant d’aviation durable (SAF). La coentreprise Rebound, portée par plusieurs acteurs, a pour objectif de fabriquer 160 000 tonnes de ce carburant par an, ce qui en ferait l’une des plus grandes installations de ce type en Europe, selon des informations disponibles.
Ce projet intervient dans un contexte de flambée du prix du kérosène, qui incite les acteurs du secteur aérien à se tourner vers des alternatives moins dépendantes des hydrocarbures fossiles. Par ailleurs, l’Union européenne impose désormais des quotas croissants d’incorporation de carburants durables dans le transport aérien, ce qui accélère la mise en place d’une filière industrielle sur le continent.
Un site industriel à l'échelle européenne
L’usine, qui doit être érigée sur la zone industrialo-portuaire de Dunkerque, bénéficiera de la proximité des infrastructures logistiques et énergétiques du port. Les promoteurs du projet mettent en avant la capacité de production élevée, qui permettra de répondre à une partie significative de la demande française et européenne en carburant d’aviation durable. Ce type de carburant est fabriqué à partir de matières premières non fossiles, telles que des huiles usagées ou des résidus de biomasse, et peut être mélangé au kérosène conventionnel dans les moteurs d’avion existants.
Une réponse à la volatilité des prix du pétrole
La hausse du prix du kérosène, observée ces derniers mois, a rendu plus attractif le développement de carburants alternatifs. Les compagnies aériennes, confrontées à une augmentation de leurs coûts d’exploitation, cherchent à sécuriser des approvisionnements à la fois plus stables et moins émetteurs de gaz à effet de serre. Le projet Rebound s’inscrit dans cette dynamique, en proposant une production locale et à grande échelle, susceptible de réduire la dépendance de la France aux importations de kérosène fossile.
Un calendrier et des enjeux industriels
Les détails précis du calendrier de construction et de mise en service de cette unité n’ont pas été communiqués de manière exhaustive. Toutefois, les porteurs du projet affirment que l’usine devrait être opérationnelle d’ici quelques années, contribuant ainsi aux objectifs de décarbonation du transport aérien fixés par les pouvoirs publics. La création de l’usine devrait également générer des emplois directs et indirects dans la région des Hauts-de-France, déjà marquée par une forte tradition industrielle.
Une filière française encore balbutiante
Jusqu’à présent, la France disposait d’une capacité de production très limitée en carburants d’aviation durables. Le projet Rebound vise à combler ce retard en dotant le pays d’une infrastructure de taille européenne. Ce type de carburant est encore coûteux à produire, mais les économies d’échelle permises par une unité de grande capacité pourraient en réduire le prix progressivement, selon les analystes. Les compagnies aériennes, qui doivent intégrer un pourcentage croissant de SAF dans leur carburant à partir de 2025, seront les premières utilisatrices de cette production.
Un tournant pour la transition énergétique aérienne
Si le recours aux carburants durables ne constitue pas une solution unique pour décarboner le transport aérien, il est présenté par l’industrie comme un levier essentiel à court et moyen terme. En attendant le développement de motorisations électriques ou à hydrogène, le SAF permet de réduire les émissions nettes de dioxyde de carbone de 50 à 80 % par rapport au kérosène fossile, en fonction des matières premières utilisées. L’usine de Dunkerque, par son volume de production, devrait ainsi contribuer à faire baisser significativement l’empreinte carbone du trafic aérien au départ de la France.