Quatre grands noms de l’industrie française – l’avionneur Airbus, le motoriste Safran, l’ingénieriste Technip Energies et le groupe agro-industriel Tereos – ont officialisé leur entrée dans la phase de développement d’un projet commun : la création d’une coentreprise baptisée Rebound. L’objectif est d’implanter une usine de très grande capacité dans le périmètre portuaire de Dunkerque, avec une ambition de production initiale de 160 000 tonnes de carburant d’aviation durable (Sustainable Aviation Fuel, SAF) chaque année.

Cette filière de carburant alternatif est conçue pour réduire significativement les émissions de CO₂ du transport aérien, l’un des secteurs les plus difficiles à décarboner. Le SAF est produit à partir de ressources renouvelables ou de déchets et peut être mélangé au kérosène fossile sans modification des moteurs ou des infrastructures de distribution. En atteignant une telle capacité, Rebound entend contribuer de manière substantielle aux objectifs européens de réduction des émissions nettes, tout en renforçant la souveraineté industrielle de la France et de l’Europe dans ce domaine stratégique.

Un projet en phase de maturation Pour l’heure, les partenaires ne sont pas encore entrés dans la construction de l’usine. Ils précisent avoir démarré la phase de développement, qui inclut la réalisation des études techniques, l’obtention des permis environnementaux et administratifs, la signature des contrats commerciaux et la sécurisation du financement. Une décision finale d’investissement devra être prise à l’issue de ces étapes. Ce n’est qu’à ce moment que le chantier pourra véritablement débuter. Le choix de Dunkerque s’explique par la présence d’un grand port maritime, d’infrastructures logistiques déjà existantes et d’un écosystème industriel favorable aux activités de raffinage et de chimie.

Une réponse aux objectifs de décarbonation Le transport aérien représente environ 2 à 3 % des émissions mondiales de CO₂, mais sa part devrait croître avec la hausse du trafic. L’Union européenne impose déjà une obligation d’incorporation croissante de SAF dans le kérosène, via le dispositif ReFuelEU Aviation. En produisant 160 000 tonnes par an, Rebound pourrait approvisionner une partie non négligeable du marché européen, même si la demande devrait exploser à moyen terme. L’enjeu industriel est donc double : décarboner tout en créant une filière locale compétitive face aux concurrents américains et asiatiques.

Les quatre entreprises mères apportent des compétences complémentaires. Airbus et Safran maîtrisent les spécifications techniques et les besoins de leurs clients – les compagnies aériennes – ainsi que l’intégration du SAF dans les chaînes d’approvisionnement. Technip Energies dispose du savoir-faire pour concevoir et construire les unités de production, tandis que Tereos, spécialiste de la transformation de biomasse (betterave, canne, céréales), peut fournir la matière première sous forme de résidus agricoles ou de cultures dédiées non concurrentes de l’alimentation.

Un emplacement stratégique Le port de Dunkerque, troisième port français en tonnage, est déjà un hub pour les énergies nouvelles. Il accueille des projets d’éolien offshore, d’hydrogène vert et de capture de CO₂. L’arrivée de Rebound s’inscrit dans cette dynamique de réindustrialisation décarbonée. Les acteurs locaux, dont la Communauté urbaine de Dunkerque et la région Hauts-de-France, soutiennent le projet, qui pourrait générer plusieurs centaines d’emplois directs et indirects.

Des défis techniques et financiers La production de SAF reste encore coûteuse, parfois deux à trois fois plus chère que le kérosène fossile. L’investissement nécessaire pour une usine de cette taille se chiffre en centaines de millions d’euros. Les partenaires ne communiquent pas encore sur le montant exact, mais précisent que le financement sera bouclé avant la décision finale d’investissement. Des aides publiques, via des dispositifs nationaux (programme d’investissements d’avenir, France 2030) et européens (fonds pour l’innovation, projets d’intérêt commun), pourraient venir appuyer le plan de financement.

Un modèle reproductible ? Si Rebound atteint ses objectifs, il pourrait servir de démonstrateur pour d’autres sites en Europe, ouvrant la voie à une multiplication des capacités de production de SAF. L’aviation européenne s’est fixé pour but d’atteindre 10 % d’incorporation de carburants durables d’ici 2030, un seuil qui nécessitera plusieurs usines de la taille de celle de Dunkerque. Le projet français pourrait donc devenir l’une des pierres angulaires de cette transition.

Mise à jour : informations issues de l’annonce officielle du 24 juillet 2025