Les négociations entre EasyJet et le fonds d'investissement américain Castlelake connaissent un nouveau rebondissement. Alors que la compagnie aérienne low-cost avait récemment rejeté une offre de rachat valorisant l'entreprise à 4,74 milliards de livres (environ 5,5 milliards d'euros), ses actionnaires de référence font désormais monter la pression en exigeant un prix nettement plus élevé pour céder le contrôle.

Selon des informations concordantes, les grands porteurs du capital d'EasyJet estiment que Castlelake doit revoir son offre à la hausse, à 5,3 milliards de livres, soit environ 550 millions de livres supplémentaires par rapport à la dernière proposition rejetée. Cette exigence reflète la conviction des actionnaires que la compagnie, qui a retrouvé des marges solides après la crise sanitaire, mérite une prime plus conséquente pour abandonner son indépendance.

Un rejet en cascade

Pour comprendre ce nouvel épisode, il faut revenir sur les semaines précédentes. EasyJet avait repoussé trois offres successives de Castlelake, dont la plus récente – à 4,74 milliards de livres – avait été rejetée après examen du conseil d'administration. La direction estimait alors que cette proposition sous-évaluait les perspectives de croissance du transporteur, notamment sur le marché européen des courts et moyens courriers. Le refus avait été officialisé en toute fin de semaine dernière, ouvrant la voie à une phase de négociations.

C'est dans ce cadre que les discussions se sont engagées, mais les actionnaires les plus influents ont rapidement fait savoir qu'ils ne se contenteraient pas du montant initial. Le seuil des 5,3 milliards de livres est désormais présenté comme le minimum acceptable pour entamer des pourparlers détaillés, y compris sur les conditions de la transaction.

Un fonds aux poches profondes

Castlelake, un gestionnaire d'actifs spécialisé dans le transport aérien et les infrastructures, a déjà montré sa capacité à mobiliser des financements importants. Le fonds américain, qui détient déjà des participations dans plusieurs compagnies et des portefeuilles d'avions, voit dans EasyJet une cible stratégique pour consolider sa présence en Europe. Toutefois, les exigences des actionnaires pourraient le contraindre à revoir ses calculs ou à chercher des partenaires financiers supplémentaires.

L'offre à 4,74 milliards de livres représentait déjà une prime significative par rapport au cours de Bourse d'EasyJet avant les premières rumeurs de rachat. Les analystes estiment que le prix demandé par les actionnaires, soit 5,3 milliards, se situe dans la fourchette haute des valorisations possibles pour un transporteur low-cost en Europe. Les synergies potentielles avec les actifs déjà détenus par Castlelake pourraient justifier un tel montant, mais la rentabilité à court terme reste un point d'attention.

Des négociations en cours

Les deux parties ont confirmé l'ouverture de négociations, mais sans calendrier public. EasyJet a précisé que le conseil d'administration étudie les options stratégiques dans l'intérêt de l'ensemble des actionnaires, tandis que Castlelake a indiqué rester « ouvert à un dialogue constructif ». La balle est désormais dans le camp du fonds, qui doit décider s'il accepte de relever son offre ou s'il laisse tomber la transaction.

Si l'opération aboutissait, EasyJet quitterait la cote londonienne, où elle est cotée depuis son introduction en Bourse en 1995. Le transporteur, fondé par Stelios Haji-Ioannou, est l'un des principaux acteurs du ciel européen avec plus de 300 appareils et une flotte dominée par des Airbus A320. Une acquisition par Castlelake marquerait un tournant dans la consolidation du secteur, alors que les compagnies low-cost cherchent à gagner en taille face à la concurrence des transporteurs historiques et des nouveaux entrants.

Prochaines étapes

Les investisseurs attendent désormais un geste de Castlelake dans les prochains jours. Si le fonds accepte de porter son offre à 5,3 milliards de livres, les discussions pourraient entrer dans une phase plus concrète, avec des due diligences approfondies. Dans le cas contraire, la situation pourrait se bloquer, et EasyJet resterait indépendant, du moins pour l'instant. Les prochains jours s'annoncent décisifs pour l'avenir de la compagnie britannique.