La tentative du chef de l'État roumain, Klaus Iohannis, de sortir de l'impasse politique en désignant Eugen Tomac comme premier ministre a échoué. Le Parti national libéral (PNL), pourtant allié potentiel, a annoncé son refus catégorique de participer à un cabinet dirigé par cet ancien député européen. Ce rejet, intervenu en milieu de semaine, plonge la Roumanie dans une nouvelle phase d'instabilité, alors que le pays est déjà confronté à des défis économiques et à une défiance croissante envers sa classe politique.
Un rejet sans appel des libéraux
Les dirigeants du PNL ont motivé leur décision par l'absence de garanties sur le programme de gouvernement et sur la composition de l'équipe ministérielle que souhaitait mettre en place Eugen Tomac. Le parti estime que la proposition du premier ministre désigné ne répondait pas aux attentes en matière de réformes structurelles, notamment dans les domaines de la justice et de l'économie. « Nous ne pouvons pas soutenir un projet de gouvernement qui manque de clarté et de cohérence », a déclaré un porte-parole du PNL, en soulignant que la formation politique ne voulait pas engager sa responsabilité sur des bases jugées « fragiles ».
Eugen Tomac, figure du Parti Mouvement populaire (PMP), avait été chargé par le président Iohannis de constituer une majorité parlementaire après l'échec des précédentes consultations. Il espérait obtenir le soutien des libéraux pour former un gouvernement de coalition, mais son appel est resté sans effet. Le PNL, qui dispose d'un groupe parlementaire conséquent, a préféré rester dans l'opposition plutôt que de s'associer à une alliance perçue comme hétéroclite.
Une succession de blocages
Ce refus n'est que le dernier épisode d'une longue série de tractations infructueuses. Depuis plusieurs semaines, la Roumanie peine à se doter d'un exécutif stable. Le président Iohannis avait d'abord confié la mission à un autre candidat, qui avait également échoué à réunir les soutiens nécessaires. Les divergences entre les partis sur les priorités budgétaires, la lutte contre la corruption et l'orientation européenne du pays ont jusqu'à présent empêché tout accord.
La situation politique roumaine est d'autant plus préoccupante que le pays doit faire face à des échéances importantes, notamment la mise en œuvre du plan national de relance financé par l'Union européenne. L'absence de gouvernement de plein exercice retarde les réformes exigées par Bruxelles et suscite l'inquiétude des investisseurs étrangers.
Quelles perspectives ?
Le rejet d'Eugen Tomac par le PNL laisse le président Iohannis dans une position délicate. Le chef de l'État pourrait être contraint de proposer un nouveau nom, ou bien de laisser la voie à des élections législatives anticipées, une option que beaucoup de responsables politiques redoutent en raison de son coût et des risques de fragmentation accrue du Parlement.
Dans un communiqué publié après l'annonce du PNL, la présidence a indiqué que Klaus Iohannis allait poursuivre ses consultations avec les formations politiques pour trouver une issue. « Le président reste déterminé à identifier une solution qui permette au pays d'avancer », a précisé un conseiller, sans donner de calendrier précis.
Un climat de défiance
Ce nouvel épisode de blocage intervient dans un climat de défiance généralisée envers la classe politique. Les Roumains, déjà éprouvés par des années de scandales de corruption et d'instabilité ministérielle, regardent avec lassitude ces atermoiements. Les analystes estiment que la crédibilité des institutions est en jeu et que le pays risque de voir son influence au sein de l'Union européenne diminuer s'il ne parvient pas à se doter rapidement d'un gouvernement fonctionnel.
Le PNL, de son côté, justifie son choix en affirmant vouloir préserver sa cohérence idéologique. Le parti se dit prêt à soutenir des réformes précises, mais pas à cautionner une coalition qu'il juge trop disparate. Pour l'instant, aucune nouvelle piste de sortie de crise ne se dessine clairement.