La Roumanie reste sans gouvernement. Le libéral Adrian Vestea, désigné à la mi-juin par le président Nicusor Dan pour diriger l'exécutif, a échoué lundi soir à obtenir l'investiture du Parlement. Il recueillait seulement 189 voix favorables sur les 233 nécessaires (sur 464 sièges), une partie des élus, dont ceux du parti d'extrême droite AUR, ayant quitté l'hémicycle avant le scrutin.
Un rejet attendu mais lourd de conséquences
M. Vestea, ancien ministre libéral âgé de 52 ans, faisait face à une opposition frontale : son propre parti refusait de le soutenir et l'avait menacé d'exclusion. Seuls les sociaux-démocrates du PSD — première force parlementaire avec 130 élus — et les partis représentant les minorités nationales s'étaient publiquement prononcés en sa faveur. « J'ai la conscience tranquille, j'ai fait mon devoir », a-t-il déclaré après le vote, dénonçant l'attitude de l'AUR, qui compte 90 sièges. « Quarante-sept jours sans gouvernement nous coûtent déjà trop cher : des fonds européens, la confiance, et du temps que nous ne retrouverons jamais », a-t-il ajouté.
Cette crise remonte au début du mois de mai, lorsque le Parlement a renversé le gouvernement pro-UE d'Ilie Bolojan, grâce à une alliance inédite entre le PSD et l'AUR. M. Bolojan assurait depuis lors la gestion des affaires courantes. Cette instabilité fait suite au départ du PSD de la coalition gouvernementale à la mi-avril, en protestation contre les mesures d'austérité engagées pour réduire le déficit budgétaire, le plus élevé de l'Union européenne.
Le précédent Premier ministre désigné avait déjà jeté l'éponge
Avant M. Vestea, le président Dan avait confié à Eugen Tomac, autre figure libérale, la mission de former un gouvernement technique. Celui-ci avait renoncé, faute de majorité. Selon l'analyste Remus Ioan Stefureac, fondateur de l'institut de sondage INSCOP Research, le chef de l'État devrait maintenant soumettre un autre nom au Parlement pour tenter de sortir de l'impasse.
Des enjeux européens et économiques
L'absence de gouvernement depuis près de sept semaines menace l'accès aux fonds européens, alors que la Roumanie, qui préside le Conseil de l'UE depuis janvier, doit aussi mener des réformes structurelles exigées par Bruxelles pour réduire son déficit. L'analyste Remus Ioan Stefureac, fondateur d'INSCOP Research, évoque une situation où le président pourrait être contraint d'utiliser « l'option nucléaire », sans préciser la nature de cette option.
La classe politique roumaine se trouve dans une situation inédite, aucun des deux candidats proposés par le chef de l'État n'ayant réussi à réunir une majorité. Le prochain nom choisi par Nicusor Dan sera scruté de près, tant par les partenaires européens que par les marchés financiers.