Euro-Office, suite bureautique open source portée par un consortium de douze acteurs européens, a été officiellement lancée en version 1.0 lors du Nextcloud Summit. Présentée comme une alternative souveraine aux solutions de Microsoft et Google, elle est d'ores et déjà intégrée à Nextcloud Hub, où elle cohabite avec Collabora Online au sein de l'offre Nextcloud Office. Les administrateurs peuvent choisir l'une ou l'autre des deux solutions.
Un traitement des données côté client
La principale singularité d'Euro-Office par rapport à Collabora réside dans le traitement des documents. Euro-Office exécute les opérations dans le navigateur de l'utilisateur, côté client, tandis que Collabora les traite sur le serveur. Ce choix technique promet un rendu plus rapide, une expérience plus réactive et une réduction de la charge serveur, le contenu ne transitant pas par la plateforme d'hébergement.
La suite prend en charge les formats Microsoft Office (.docx, .xlsx, .pptx) ainsi que les formats OpenDocument (ODF). Elle intègre le Smart Picker de Nextcloud, qui permet d'insérer directement dans un document des éléments de la plateforme – tâches, tableaux de données, liens vers des fichiers ou salles de discussion. Nextcloud Assistant ajoute des fonctionnalités d'intelligence artificielle. Le consortium prévoit un cycle de mises à jour mensuel, avec une version 1.1 attendue pour la fin juillet 2026.
Douze membres, des intégrations à venir
Le consortium Euro-Office rassemble Nextcloud, IONOS, EuroStack, Proton, XWiki, OpenProject, Abilian, BTactic, Soverin, Open-Xchange, Office.EU et Tuta. Tuta, connue pour sa messagerie chiffrée de bout en bout, a rejoint le groupe quelques jours avant le lancement. Des intégrations complémentaires avec IONOS Managed Nextcloud, Proton et XWiki sont annoncées pour la fin de l'année 2026.
Un fork d'OnlyOffice à l'origine d'une rupture
Euro-Office repose sur un fork du code d'OnlyOffice. Les développeurs justifient cette décision par plusieurs griefs : OnlyOffice refuserait systématiquement les contributions externes, fermerait des fonctionnalités dans ses applications mobiles et manquerait de transparence dans son code source. Ils évoquent également la localisation quasi exclusive des équipes de développement en Russie, un critère de confiance devenu déterminant pour certaines organisations.
En retirant les logos et mentions de marque d'OnlyOffice lors de la création du fork, le consortium a provoqué une rupture brutale. En avril 2026, le partenariat de huit ans entre Nextcloud et OnlyOffice a pris fin. Le litige porte sur l'interprétation de la section 7 de la licence AGPLv3, qui permet à l'auteur original d'ajouter des conditions supplémentaires. OnlyOffice y avait inscrit l'obligation de conserver son logo dans tout produit dérivé. Nextcloud estime qu'un logo est une marque déposée et que son usage ne peut être imposé par une licence logicielle. La Free Software Foundation aurait été saisie pour clarifier ce point.
La lettre ouverte de The Document Foundation
À la veille du lancement, The Document Foundation, l'organisation qui chapeaute LibreOffice, a publié une lettre ouverte pour prendre ses distances avec le projet. Si elle salue l'objectif de souveraineté numérique, elle exprime des réserves sur la méthode employée et appelle à une gouvernance plus inclusive et transparente. Ce texte intervient alors que le consortium Euro-Office n'a pas sollicité la participation de The Document Foundation, ce qui alimente les critiques sur une possible fragmentation de l'écosystème open source bureautique.
Un projet qui interroge la communauté
Le lancement d'Euro-Office intervient dans un contexte de tensions croissantes autour de la souveraineté numérique et de la gouvernance des projets open source. Si l'initiative est saluée pour son ambition de fournir une alternative européenne crédible, les dissensions juridiques et les réserves de The Document Foundation soulèvent des questions sur la capacité du consortium à fédérer l'ensemble des acteurs du secteur.