Un déséquilibre devenu insoutenable
Le Relais, acteur majeur de la filière textile en France, a officialisé le 9 juin la suppression de 4 295 conteneurs de collecte sur les 22 000 qu'il exploitait. Les premières opérations de retrait ou de condamnation des bornes, notamment par apposition de films plastiques, ont déjà débuté. Cette décision, présentée comme un impératif de survie économique, doit être finalisée au cours de l'année 2026.
« Nous ne pouvons plus collecter au-delà de nos capacités. L’an dernier, nous avons collecté 120 000 tonnes de textiles alors que nous ne pouvons en trier que 90 000 tonnes et que nous n’avons plus de débouchés pour le surplus. Nous avons donc décidé de réduire la voilure de 15 000 tonnes. C’est une question de survie économique », a déclaré Emmanuel Pilloy, président de Relais France. Cette réduction des activités entraînera la suppression d'environ 60 emplois, principalement des postes d'insertion.
Des tensions qui s'aggravent
La filière du textile usagé connaît des difficultés depuis plusieurs années, mais la situation s'est particulièrement dégradée depuis février 2026. Le contexte géopolitique a réduit les débouchés internationaux, notamment en Afrique, et a alourdi les coûts logistiques et énergétiques. Par ailleurs, la qualité médiocre des vêtements issus de la fast-fashion, de plus en plus présents dans les bennes, complique leur revente.
Les chiffres illustrent le déséquilibre : la collecte d'une tonne de vêtements coûte jusqu'à 250 euros, alors que sa revente ne rapporte que 150 euros. Un montant qui pourrait encore diminuer dans les mois à venir, selon les craintes exprimées par la direction du Relais.
Une campagne de communication jugée provocatrice
Dans le même temps, Refashion, l'éco-organisme chargé du traitement des textiles en fin de vie, a lancé une vaste campagne de communication intitulée « On prend tout », invitant les consommateurs à déposer leurs vieux vêtements, chaussures et linge de maison dans les points de collecte. Cette initiative a suscité l'indignation des structures de tri.
« Refashion a lancé cette campagne sans consulter les opérateurs de collecte. C’est d’un cynisme », a réagi Aurore Médieu, responsable transition écologique au sein d'ESS France. Le Réseau national des ressourceries et des recycleries (RNRR) a également exprimé son mécontentement sur les réseaux sociaux, qualifiant la campagne de « provocation » et invitant Refashion à reprendre les déchets textiles conformément à son cahier des charges.
Des obligations non respectées
Refashion est en théorie tenu de jouer le rôle de « voiture-balai » en récupérant gratuitement les gisements que les collecteurs ne parviennent pas à écouler. En avril dernier, l'éco-organisme a écopé d'une amende de 170 000 euros pour avoir manqué à cette obligation au cours des années 2024 et 2025.
Le dysfonctionnement persiste, selon Louana Lamer, responsable REP textile chez Emmaüs France, qui dénonce des délais d'attente de plus d'un mois et demi pour le traitement des demandes d'enlèvement. Cette situation laisse craindre une aggravation des dépôts sauvages et une augmentation des volumes de textiles destinés à l'incinération ou à l'enfouissement.