Le nombre de défaillances d'entreprises en France pourrait atteindre des niveaux historiques en 2026. Selon les projections de l’Association pour la gestion du régime de garantie des créances des salariés (AGS), entre 71 000 et 75 000 sociétés devraient mettre la clé sous la porte d'ici décembre, soit une augmentation de 16 % par rapport à l'année précédente. L'organisme estime qu'il devra verser jusqu'à 2,6 milliards d'euros aux salariés touchés par ces procédures collectives. Sur le seul premier semestre, l'AGS a déjà déboursé 1,3 milliard d'euros, un montant qualifié de « triste record sur un semestre » par son directeur général, Antonin Blanckaert. Ce dernier a ajouté, dans des déclarations reprises par plusieurs médias, que les prévisions d'activité laissent entrevoir « une fin d'année dans des proportions qui n'ont jamais été atteintes ».

L'année 2025 constituait déjà un exercice record, avec plus de 2,2 milliards d'euros avancés par l'AGS. La nouvelle hausse attendue, de l'ordre de 400 millions d'euros supplémentaires, s'explique en grande partie par les lourds plans sociaux menés ces derniers mois. Antonin Blanckaert a cité l'exemple du verrier Arc, dans le Pas-de-Calais, placé en redressement judiciaire puis repris en mars. Ce dossier est jugé « exceptionnel de par son ampleur, de par les volumes financiers sur lesquels on intervient », a-t-il expliqué, soulignant que les salaires et l'ancienneté moyenne plus élevés dans ce secteur entraînent des sommes avancées « percutées d'autant ». L'AGS se finance par une cotisation patronale de 0,25 % de la masse salariale, un mécanisme qui assure jusqu'ici son équilibre.

Une photographie contrastée des PME et ETI

Parallèlement à ces prévisions alarmantes, la Banque de France a publié une étude, dévoilée ce vendredi 17 juillet, qui dresse un portrait mitigé de la situation des PME et des entreprises de taille intermédiaire (ETI). L'institution a analysé 1,5 million de liasses fiscales portant sur l'exercice 2025. Ses données montrent qu'à l'échelle macroéconomique, ces structures – qui emploient de 250 à 5 000 salariés – affichaient fin 2025 des « fondamentaux robustes », juste avant le déclenchement des hostilités au Moyen-Orient le 28 février dernier.

Cependant, cette solidité d'ensemble cache des disparités croissantes. L'étude met en évidence une « situation très hétérogène » au sein du tissu des PME et ETI. Leur capacité à rembourser leur dette s'est dégradée, et les situations de fragilité se multiplient. Pour la deuxième année consécutive, la croissance du chiffre d'affaires de ces entreprises a ralenti en 2025. Ces signaux suggèrent que le nombre d'entreprises en difficulté pourrait rester élevé dans les mois à venir, même si les tensions géopolitiques n'avaient pas encore produit tous leurs effets au moment de la collecte des données.

Aucune rupture nette n'est observée à ce stade, mais la conjonction d'une dégradation lente des indicateurs financiers et d'une accélération des défaillances en 2026 interroge les observateurs. Les experts surveillent désormais l'évolution du taux de marge et du niveau d'endettement des entreprises les plus exposées aux chocs économiques.