Paris, un vendredi de recueillement

Les obsèques de Bernadette Chirac, veuve de l’ancien président Jacques Chirac, ont lieu aujourd’hui à Paris, conformément à ses volontés. La cérémonie se tient à la basilique Sainte-Clotilde, un lieu empreint de souvenirs pour la famille : c’est dans la chapelle attenante que Bernadette et Jacques Chirac s’étaient mariés en mars 1956, et où leur fille aînée, Laurence, avait été inhumée en 2016.

La fille de la défunte, Claude Chirac, a précisé que la cérémonie parisienne rassemble de nombreuses personnalités du monde politique et de la société civile. L’actuelle première dame, Brigitte Macron, qui a succédé à Bernadette Chirac à la tête de la Fondation des Hôpitaux (connue pour l’opération Pièces Jaunes), est présente. L’ancien chef de l’État Nicolas Sarkozy et son épouse Carla Bruni-Sarkozy figurent également parmi les participants, aux côtés d’anciens responsables politiques, de proches et d’amis.

Un second hommage en Corrèze dimanche

Un autre temps fort est annoncé pour ce dimanche 14 juin, cette fois dans le département de la Corrèze, une terre à laquelle Bernadette Chirac était profondément attachée. Le programme débute à 10 heures par une cérémonie religieuse dans la commune de Corrèze. L’après-midi, un « moment de recueillement et de rassemblement convivial » est organisé à partir de 14 heures au Domaine de Sédières. Cette réunion, ouverte à « tout le peuple de Corrèze, si cher à son cœur », selon les mots de sa fille, permettra au public de lui rendre un dernier hommage.

Une figure politique et populaire singulière

Née Bernadette Thérèse Marie Chodron de Courcel le 18 mai 1933 à Paris, elle appartenait à une famille catholique aisée, comptant des militaires, des industriels et des diplomates. L’un de ses oncles avait été collaborateur du général de Gaulle à Londres pendant la guerre. C’est à Sciences Po qu’elle fit la rencontre décisive de Jacques Chirac, jeune homme beau et ambitieux, qui épousa sa soif de pouvoir politique.

Leur mariage, célébré en 1956, durera soixante-trois ans, une union que Bernadette Chirac décrivait elle‑même comme une longue école d’endurance. Alors que son mari se révélait chaleureux, instinctif et proche des foules, elle cultivait une image de maîtrise, de ferveur religieuse et d’exigence, ponctuée d’un humour parfois cinglant. Le philosophe catholique Jean Guitton la surnomma la « dernière reine de France », une appellation qu’elle ne contredisait guère.

Durant plus d’un demi-siècle, elle fut le point d’ancrage de la carrière politique mouvementée de Jacques Chirac : député, deux fois Premier ministre, maire de Paris durant dix‑huit ans, et enfin président de la République en 1995. Ses tailleurs Chanel, ses lunettes noires, sa voix nasillarde et ses jugements tranchants sont devenus des éléments de son image publique, sous lesquels se cachait une travailleuse acharnée et une tacticienne politique redoutable, parvenant, rare pour une épouse de président, à bâtir une assise personnelle de pouvoir.

Un legs à plusieurs facettes

Au‑delà de la vie politique nationale, Bernadette Chirac a laissé une empreinte forte dans le domaine caritatif grâce à la Fondation des Hôpitaux, dont elle assura la présidence. Son engagement local en Corrèze, où elle siégea comme conseillère générale pendant plusieurs décennies, témoigne également d’un ancrage territorial solide.

La presse et les témoins s’accordent à dire que sa personnalité contrastait avec celle de son époux : là où Jacques Chirac était expansif, elle se montrait réservée, mais non moins influente. La longévité de leur couple, malgré les rumeurs d’infidélités de son mari qu’elle accueillait avec une ironie mordante, a contribué à forger la légende de cette figure politique et médiatique.

Les hommages de ce week-end clôturent ainsi une séquence de deuil nationale, après l’annonce de son décès survenu le 5 juin. Les cérémonies, à la fois intimes et publiques, reflètent la place singulière qu’elle occupa dans la vie politique française, à la fois épouse de président et actrice politique à part entière.