Des gestes symboliques aux pratiques commerciales

Lorsque Gianni Infantino a décerné un « prix de la paix » à Donald Trump l'automne dernier, l'initiative a provoqué un tollé au sein du monde du football. Beaucoup ont jugé que cette récompense, créée à la hâte, politisait l'instance dirigeante du sport. Pourtant, cet épisode n'était que la partie émergée d'une stratégie bien plus vaste visant à modeler la FIFA sur le modèle trumpien.

Une proximité sans précédent

Infantino entretient avec le président américain une relation d'une intimité rare pour un dirigeant sportif international. Selon des informations recueillies, le patron du football mondial cherche à obtenir des licences pour que des hôtels utilisent le nom de la FIFA, à l'instar des pratiques immobilières de la famille Trump. Il explore également le lancement d'une cryptomonnaie sous l'égide de la FIFA, après avoir participé à un sommet sur ce sujet à Mar-a-Lago, la résidence du président en Floride.

Un ancrage américain renforcé

La FIFA a récemment ouvert un hub nord-américain flambant neuf à Miami, où réside désormais Infantino. Cette implantation le place délibérément dans l'orbite du pouvoir trumpien. Cette stratégie d'alignement s'inscrit dans un effort plus large : alors que l'organisation était sous le coup d'une enquête du département de la Justice américain pour corruption, Infantino a cherché à restaurer sa crédibilité aux États-Unis en s'attirant les faveurs de l'administration.

Des tensions en interne

Cette transformation suscite de vives critiques parmi les cadres du football. Plusieurs dirigeants estiment que ces initiatives commerciales et cette proximité politique exposent la FIFA à des accusations de partialité et nuisent à sa réputation. Certains y voient une dérive vers un fonctionnement transactionnel, où les relations personnelles priment sur l'éthique sportive.

Un prix controversé

Le « FIFA Peace Prize » attribué à Trump a été perçu comme une tentative d'apaiser la frustration du président américain, qui avait ouvertement fait campagne pour le prix Nobel de la paix. Trump a qualifié cette distinction de « l'un des plus grands honneurs de ma vie », mais l'épisode a renforcé les inquiétudes quant à l'indépendance de la FIFA face aux pressions politiques.

Une stratégie risquée

Pour Infantino, ce rapprochement avec Trump a déjà porté ses fruits sur le plan de l'accès aux plus hautes sphères du pouvoir américain. Il a notamment pu effectuer une « visite de courtoisie » auprès du procureur général des États-Unis, qui supervise les dossiers toujours pendants contre la FIFA. En contrepartie, l'organisation s'expose à des accusations de compromission et à une instrumentalisation politique, alors que la Coupe du monde 2026, organisée aux États-Unis, s'annonce comme la plus lucrative de l'histoire.

Un avenir incertain

Alors que le Mondial bat son plein, la question de l'héritage de cette « trumpification » de la FIFA reste ouverte. Entre les projets de cryptomonnaie, les licences hôtelières et les alliances politiques, Gianni Infantino semble déterminé à faire de l'instance une entreprise mondiale aux méthodes très américaines, quitte à brouiller les frontières entre sport, commerce et politique.