Une relation privilégiée

Depuis plusieurs années, le président de la Fédération internationale de football association (FIFA), Gianni Infantino, a déployé une stratégie systématique de rapprochement avec le président américain Donald Trump, selon des informations recueillies auprès de multiples sources proches des deux hommes. Cette cour assidue vise à garantir le bon déroulement de la Coupe du monde 2026, qui débute cette semaine aux États-Unis, au Canada et au Mexique.

La FIFA a notamment loué un bureau au 17e étage de la Trump Tower à New York, propriété de la famille Trump, espace qui serait resté quasiment inoccupé pendant un an. Un porte-parole de l'instance a précisé que le loyer correspondait au « prix du marché » et que les locaux seraient utilisés pendant le Mondial. Au-delà de cette location, Gianni Infantino a comblé le président américain d'éloges, de trophées et d'une médaille, et s'est rendu à Mar-a-Lago, au golf Trump National Doral ainsi qu'à la première du documentaire « Melania ».

Un soutien public indéfectible

Le dirigeant du football mondial a apporté un soutien public à Donald Trump tout au long de ses mandats, y compris durant les périodes de procédure de destitution et de baisse de popularité. Cette proximité a été justifiée par des proches de M. Infantino comme une nécessité pragmatique face à un interlocuteur jugé imprévisible, réceptif aux louanges et aux cadeaux. « Il est franc quant à ce qu'il faut faire pour gérer la relation », a déclaré Majed Al Sahib, responsable footballistique saoudien, estimant que M. Infantino faisait preuve de pragmatisme.

Les responsables de la FIFA espèrent de cette Coupe du monde un renforcement de leur présence aux États-Unis, premier marché de consommation mondial, et souhaitent se débarrasser de l'image de corruption et d'excès ayant conduit à des poursuites du département de la Justice américain.

Un contraste avec l'administration Biden

Les tentatives de rapprochement de Gianni Infantino avec l'administration Biden ont échoué, selon d'anciens responsables gouvernementaux. En revanche, Donald Trump, qui qualifie le président de la FIFA de « roi du football », s'est montré réceptif. Il y a dix ans, les dirigeants du football craignaient d'être arrêtés en se rendant aux États-Unis ; aujourd'hui, M. Infantino est un habitué du Bureau ovale.

Cette stratégie a valu à M. Infantino des critiques pour son absence de neutralité politique, après des accusations similaires lors des Mondiaux en Russie et au Qatar. « Je pense qu'il est absolument crucial pour le succès d'une Coupe du monde d'avoir une relation étroite avec le président, avec le gouvernement », s'est défendu le dirigeant l'an dernier, ajoutant : « J'ai beaucoup d'amis. »

Des résultats concrets

Plusieurs éléments indiquent que ce rapprochement a porté ses fruits. Un haut responsable de la FIFA a évoqué un accord officieux selon lequel les autorités américaines n'effectueraient pas de contrôles migratoires à proximité des stades – information démentie par un porte-parole de la FIFA, qui a renvoyé la responsabilité au gouvernement. Le département de la Sécurité intérieure n'a pas commenté.

Par ailleurs, le département de la Justice a abandonné des charges criminelles anciennes liées à l'enquête sur la FIFA, expliquant que l'affaire « ne correspond pas aux priorités de l'administration ». Donald Trump s'en est également remis à Gianni Infantino pour autoriser la venue de joueurs iraniens aux États-Unis, déclarant : « Si Gianni le dit, je suis d'accord. »

Cependant, le président américain a récemment critiqué le prix élevé des billets du Mondial. Surtout, des visas ont été refusés au personnel de soutien de l'équipe nationale iranienne ainsi qu'à un arbitre somalien, ce qui relativise les garanties obtenues.

Des projets d'avenir inspirés de Trump

L'influence de Donald Trump sur la FIFA pourrait perdurer au-delà du tournoi. L'instance explore des contrats hôteliers sous licence de son nom, à l'image des pratiques de la famille Trump, selon trois personnes informées des discussions. Gianni Infantino s'est également intéressé au lancement d'une cryptomonnaie FIFA, là encore sur le modèle des initiatives des Trump.

Des doutes en interne

Au sein même de la FIFA, des responsables s'interrogent sur la finalité de cette stratégie, certains estimant qu'elle sert davantage les intérêts personnels de Gianni Infantino que ceux du football. Ce dernier a accompagné Donald Trump lors de visites d'État, a été placé au centre de la scène lors de l'investiture présidentielle et a participé à des événements diplomatiques.

« Infantino pense être le leader de cette relation, mais personne ne peut diriger Trump », a commenté Sepp Blatter, ancien président de la FIFA, dont l'éviction lors du scandale de corruption a ouvert la voie à l'ascension de M. Infantino.

Une première rencontre prometteuse

Les deux hommes se sont rencontrés pour la première fois dans le Bureau ovale à l'été 2018, peu après l'attribution de l'organisation du Mondial 2026 aux États-Unis, au Canada et au Mexique. « Vous êtes assez célèbre, non ? », avait alors lancé Donald Trump. « Assez important et assez connu ? » « Oui », avait répondu Gianni Infantino. « On dirait bien. »