L’histoire financière a connu un basculement inédit. L’introduction en Bourse de SpaceX, la société de fusées, d’intelligence artificielle et de satellites fondée par Elon Musk, a fait de ce dernier le premier être humain dont la fortune dépasse 1 000 milliards de dollars, selon les calculs de plusieurs indices économiques.
SpaceX a fixé le prix de son introduction au Nasdaq à 135 dollars par action, pour 555,6 millions de titres mis sur le marché. L’opération, qui valorise l’entreprise à environ 1 770 milliards de dollars, constitue la plus grosse entrée en Bourse jamais réalisée, avec 75 milliards de dollars levés. La part détenue par Elon Musk dans SpaceX – 42 % du capital – est estimée entre 743 et 866,5 milliards de dollars. En ajoutant ses autres actifs, notamment sa participation dans le constructeur automobile Tesla, la valeur totale de sa fortune est évaluée à plus de 1 100 milliards de dollars, selon les données de Forbes et des calculs fondés sur les documents réglementaires.
Un seuil vertigineux
Le chiffre de 1 000 milliards de dollars échappe à l’échelle humaine. L’ONG Oxfam a rappelé qu’avec une dépense quotidienne d’un million de dollars, il faudrait 2 740 années pour épuiser une telle somme. En proportion du produit intérieur brut des États-Unis, la fortune de Musk représenterait environ 3 %, soit le double de ce que possédait John D. Rockefeller à sa mort en 1937, quand sa richesse équivalait à 1,5 % du PIB américain, selon la MeasuringWorth Foundation. À titre de comparaison, le magnat de l’acier Andrew Carnegie détenait l’équivalent de 0,5 % du PIB américain à son décès en 1919.
Guido Alfani, professeur d’histoire économique à l’université Bocconi de Milan, a calculé qu’Elon Musk pourrait, avec sa fortune, rémunérer le travail de 557 800 personnes sur une année, contre 116 000 pour Rockefeller en 1937 et 48 000 pour Carnegie en 1901. « On peut assurément conclure qu’Elon Musk est peut-être la personne la plus riche ayant jamais vécu, à l’exception des empereurs et des souverains dont la richesse ne se distingue pas facilement de celle de l’État », a-t-il déclaré.
Une ascension controversée
Né à Pretoria (Afrique du Sud) en 1971, Elon Musk a immigré au Canada puis aux États-Unis, où il a obtenu un diplôme de l’université de Pennsylvanie en 1997. Il a pris la tête de Tesla en 2008 et a transformé le constructeur en la première entreprise automobile mondiale par capitalisation boursière. Il a également fondé ou cofondé Neuralink (implants cérébraux), The Boring Company (tunnels) et a racheté le réseau social Twitter en 2022 pour 44 milliards de dollars, rebaptisé X, qui lui offre une tribune directe auprès de centaines de millions d’utilisateurs.
Son style sans filtre lui a valu à la fois une base de fans fidèle et de vives critiques. Ses détracteurs l’accusent d’exercer un pouvoir oligarchique et de multiplier les interventions politiques partisanes. En 2025, il a notamment participé au département de l’efficacité gouvernementale (DOGE) sous l’administration Trump. Les ventes de Tesla ont subi un recul dans plusieurs marchés internationaux en 2025, sous l’effet de boycotts et de protestations. Parallèlement, le conseil d’administration de Tesla a été confronté à des contentieux juridiques autour du plan de rémunération de son PDG, dont la valeur avait atteint 56 milliards de dollars en 2018 avant d’être annulé par un juge.
Un empire jugé risqué
SpaceX, créée en 2002, reste une entreprise gourmande en capitaux ; sa valorisation repose en partie sur des technologies – comme les voyages habités vers Mars – dont la viabilité commerciale n’est pas garantie avant plusieurs années, voire décennies. « La deuxième personne la plus riche du monde tourne autour de 300 milliards de dollars, soit moins d’un tiers de ce que Musk pourrait valoir demain », a souligné Matt Durot, rédacteur en chef adjoint chez Forbes Wealth. « Une seule autre personne, Larry Ellison (fondateur d’Oracle), a jamais dépassé 400 milliards. »
Malgré les risques, l’enthousiasme des investisseurs ne s’est pas démenti. Les dirigeants de JPMorgan Chase ont même qualifié Musk d’« Einstein de notre temps », un revirement notable après des années de relations tendues. Jamie Dimon, PDG de la banque, fait partie de ceux qui vantent aujourd’hui le génie entrepreneurial de l’homme d’affaires.
Un débat sur l’inégalité
L’accession au statut de trillionaire intervient dans un contexte de méfiance croissante envers les ultra-riches. Un sondage récent de la société Harris Poll a montré que l’opinion publique américaine est de plus en plus hostile aux milliardaires. Elon Musk conserve pourtant un capital de sympathie important, sans avoir recours à la personnalité bonhomme qui a rendu populaire des figures comme Warren Buffett. Ses admirateurs y voient une authenticité ; ses opposants, un dédain des règles communes.
L’entrée en Bourse de SpaceX devrait être effective le vendredi 12 juin 2026. Si la cotation se déroule comme prévu, Elon Musk verra son statut de premier trillionaire officiellement confirmé à la clôture des marchés.