L’introduction en Bourse de SpaceX a marqué un tournant historique ce 12 juin 2026. Le géant américain de l’industrie spatiale a fait son premier pas sur les marchés financiers avec une valorisation supérieure à 2 000 milliards de dollars, faisant de son fondateur et directeur général, Elon Musk, le premier trillionaire jamais recensé.
Les actions de la société ont été fixées à 135 dollars lors de l’offre publique initiale (IPO), avant d’atteindre 150 dollars à l’ouverture de la séance du vendredi, soit une hausse de 6,6 %. À ce cours, la capitalisation boursière de SpaceX atteint environ 1 960 milliards de dollars, ce qui la place au sixième rang des plus grandes entreprises américaines. L’IPO a permis de lever 75 milliards de dollars, et la demande des investisseurs a été quatre fois supérieure à l’offre initiale.
Une fortune qui dépasse l’entendement
Selon les documents déposés par SpaceX auprès du gendarme boursier américain, Elon Musk détient 4,8 milliards d’actions de la société, soit environ 42 % du capital, ainsi que 350 millions d’options d’achat d’actions exerçables à 8,39 dollars chacune. À 135 dollars par action, la participation de Musk vaut 648 milliards de dollars, et ses options ajoutent 44,3 milliards supplémentaires.
Avant l’IPO, sa fortune était estimée à 813 milliards de dollars, soit plus du double de celle de la deuxième personne la plus riche du monde, Larry Page (environ 288 milliards de dollars). L’envolée du titre SpaceX fait désormais grimper sa richesse théorique au-delà de 1 000 milliards de dollars. Bloomberg évalue même sa part dans SpaceX à près de 860 milliards de dollars après le prix de l’IPO, et la progression du cours en matinée a encore accru ce montant.
Cette somme dépasse le produit intérieur brut de la plupart des nations. Seuls 19 pays, des États-Unis aux Pays‑Bas, affichent un PIB supérieur à 1 000 milliards de dollars, d’après les données de la Banque mondiale.
Une concentration de richesse sans précédent
Ce bond dans l’échelle des fortunes a suscité des réactions vives. L’organisation Oxfam America a estimé que la richesse de Musk dépasse désormais celle de la moitié la plus pauvre de l’humanité, soit 3,8 milliards de personnes. Dans une déclaration, Nabil Ahmed, directeur senior pour la justice économique chez Oxfam America, a qualifié cette situation de « nouvel apogée de l’oligarchie ». Il a également parlé de « nouvel âge doré » des inégalités.
Les coulisses de l’opération
L’IPO a été structurée de manière à attirer des investisseurs de long terme. Environ 70 % des actions attribuées aux institutionnels l’ont été à des fonds dits « long only » – qui achètent des titres en misant sur leur appréciation à long terme – ainsi qu’à des fonds souverains, notamment ceux de l’Arabie saoudite et du Koweït. La cérémonie d’ouverture de la séance au Nasdaq MarketSite de New York a été menée par la présidente de SpaceX, Gwynne Shotwell, et le directeur financier, Bret Johnsen.
Les actions SpaceX n’ont commencé à être échangées qu’en milieu de journée, le temps que la bourse collecte les ordres d’achat et de vente et que les sous‑placeurs équilibrent l’offre et la demande. Certains analystes anticipaient une envolée du titre bien supérieure. Samuel Kerr, responsable mondial des marchés actions chez Mergermarket, estimait qu’un bond de 20 % ou plus semblait probable, tout en jugeant qu’une progression moindre serait « inquiétante ».
Des défis techniques et éthiques
Les acteurs du marché ont veillé à éviter les incidents techniques qui avaient entaché l’introduction en Bourse de Meta en 2012. SpaceX étant perçu comme une répétition générale pour les futures très grandes introductions, les investisseurs surveillaient également les signaux avant les IPO à venir de poids‑lourds de l’intelligence artificielle comme Anthropic et OpenAI.
Par ailleurs, des manifestants se sont rassemblés devant le Nasdaq MarketSite la veille de l’IPO pour protester contre des allégations selon lesquelles Grok, un outil développé par xAI – filiale de SpaceX –, aurait permis la création d’images deepfake à caractère sexuel sans consentement avant le début de l’offre.
Un contexte contrasté
SpaceX réalise l’essentiel de son chiffre d’affaires grâce à sa filiale Starlink, qui générerait jusqu’à 80 % de ses revenus. Pourtant, l’entreprise a enregistré une perte de près de 5 milliards de dollars l’année dernière, pour un chiffre d’affaires très inférieur à celui des autres géants technologiques de taille comparable. Le jour même de l’introduction, un lanceur Falcon 9 a mis en orbite 29 satellites depuis Cap Canaveral, en Floride.
Au‑delà de SpaceX, Musk pourrait voir sa fortune encore croître. Les actionnaires de Tesla lui ont accordé l’an dernier un plan de rémunération qui pourrait valoir jusqu’à 1 000 milliards de dollars, sous réserve que la valeur de l’entreprise augmente et que certains jalons opérationnels soient atteints. En outre, bien qu’un milliard de ses actions SpaceX soient bloquées tant que l’entreprise n’aura pas créé une colonie humaine sur Mars – objectif jugé « improbable » par la société elle‑même –, Musk peut emprunter sur ces titres sans avoir à les vendre, ce qui lui donne accès à des liquidités sans payer d’impôt sur les plus‑values.
Environ 4 400 employés de SpaceX pourraient également devenir millionnaires à la faveur de cette introduction en Bourse, selon des estimations.