Les employés de la télévision publique tchèque (Czech Television, CT) et de la radio publique (Czech Radio, CRo) ont mené une grève d'avertissement lundi 22 juin, afin de protester contre le projet de réforme du financement des médias porté par le gouvernement du Premier ministre Andrej Babiš. Cette action, annoncée plusieurs semaines à l'avance, a principalement mobilisé les personnels autour des sièges des deux institutions à Prague, au lendemain d'une importante manifestation citoyenne au même endroit.
À CT, les programmes ont débuté avec une minute de retard, un compte à rebours s'affichant à l'écran accompagné d'un message explicatif. Des centaines de salariés se sont rassemblés devant le siège de la télévision, dans la banlieue sud de la capitale. De leur côté, les employés de la radio ont formé une chaîne humaine autour du bâtiment central de CRo. La plupart des participants arboraient des vêtements noirs et brandissaient des pancartes proclamant « Nous ne sommes pas des médias d'État » ou « L'indépendance n'est pas une dépense ».
Cette grève s'inscrit dans le rejet croissant de la réforme adoptée par le conseil des ministres le 17 juin. Le texte prévoit de remplacer l'actuelle redevance audiovisuelle par un financement direct provenant du budget de l'État. Par ailleurs, les dotations allouées à CT et CRo seraient ramenées à leur niveau de 2008, ce qui représenterait une coupe budgétaire significative. Le gouvernement précédent avait augmenté le financement de la télévision publique l'année dernière pour la première fois en dix-sept ans.
Andrej Babiš a qualifié la grève de « théâtrale » et défendu sa réforme comme plus équitable pour les ménages modestes. Selon lui, le nouveau modèle inciterait également les médias à davantage d'efficacité. Mais les syndicats, les organisations de défense de la liberté de la presse et une partie de la société civile redoutent une mainmise politique sur les rédactions. Reporters sans frontières (RSF) a dénoncé le projet, y voyant une menace pour l'indépendance éditoriale.
Les critiques rappellent des évolutions similaires intervenues en Hongrie et en Slovaquie, où des gouvernements autoritaires ont imposé un contrôle sur les médias publics. Les organisateurs de la grève et les manifestants appellent le gouvernement à retirer son projet et à préserver le système actuel de redevance, garantie selon eux d'une indépendance financière et éditoriale.
La contestation ne faiblit pas : après la grande manifestation du 21 juin et cette grève d'avertissement, les opposants promettent de poursuivre la mobilisation si l'exécutif maintient sa réforme. Le Parlement doit encore examiner le texte, et les débats s'annoncent houleux.