Le gouvernement tchèque a donné son feu vert, le 15 juin, à un projet de loi qui bouleverse le financement de la télévision et de la radio publiques. Le texte, présenté par la coalition populiste et d’extrême droite au pouvoir, prévoit de supprimer la redevance audiovisuelle à partir de l’année prochaine et de faire dépendre les budgets de Czech Television (CT) et de Czech Radio (CRo) directement du budget de l’État.

Actuellement fixée à environ 8,50 euros par mois pour les ménages et les entreprises, la redevance serait abolie en 2027 si le projet est adopté par les deux chambres du Parlement et promulgué par le président de la République. Le Premier ministre Andrej Babis, un milliardaire populiste, défend cette mesure en la présentant comme plus équitable. Il estime que le système actuel constitue un « impôt forfaitaire » qui pèse autant sur les foyers les plus modestes, qui forment le cœur de son électorat, que sur les plus aisés.

« Les diffuseurs publics ne réalisent aucune économie et personne ne les contrôle », a déclaré le chef du gouvernement lors d’une conférence de presse, ajoutant que le nouveau modèle inciterait CT et CRo à améliorer leur efficacité.

Une promesse de campagne tenue

Cette réforme figurait parmi les engagements pris par les partis populistes et d’extrême droite durant la campagne des élections législatives de l’automne dernier. L’exécutif, qui rassemble ces formations, a donc concrétisé cette promesse moins d’un an après son arrivée au pouvoir. La redevance, qui n’avait pas été revalorisée pendant dix-sept ans, avait finalement été augmentée par le gouvernement précédent l’an dernier.

Le projet de loi prévoit que chaque média public verra son budget annuel fixé par l’État, sans que le montant ni les modalités précises n’aient encore été détaillés publiquement. Les critiques redoutent que ce mécanisme ne soumette les rédactions à des pressions politiques, en permettant au gouvernement d’influencer leur fonctionnement par le biais des dotations budgétaires.

Vives réactions dans le monde journalistique

Des organisations de journalistes et des observateurs ont immédiatement dénoncé ce qu’ils considèrent comme une menace pour l’indépendance des médias de service public. Selon eux, le passage à un financement sur fonds publics expose CT et CRo à un risque de contrôle politique direct, affaiblissant un contrepoids essentiel de la démocratie tchèque. Certains commentateurs ont qualifié le projet de « vandalisme culturel ».

Le gouvernement, de son côté, assure que la réforme vise à plus de justice sociale et à une meilleure gestion des deniers publics. Les débats parlementaires s’annoncent houleux, l’opposition ayant déjà fait part de son opposition résolue au texte. Le sort du projet dépendra des rapports de force au sein des deux chambres et de la position du président.