L'essor de l'intelligence artificielle dans le monde professionnel nourrit une anxiété grandissante parmi les salariés, qui redoutent de devenir obsolètes. Un paradoxe émerge : des professionnels sont rémunérés pour enseigner leur savoir-faire à des machines susceptibles de les remplacer à terme. Ce phénomène, déjà documenté ces derniers jours, s'accompagne de préoccupations psychologiques majeures, comme le soulignent des experts en santé mentale.

Une angoisse révélatrice

Prenant l'exemple d'un cadre technique, dont le groupe a été visé par des suppressions de postes, les spécialistes décrivent un sentiment d'insécurité profond. Ce professionnel, déjà confronté à une restructuration en 2024, a vu les communications officielles mettre en avant l'IA comme outil de réduction des coûts. « Ils disent qu'il ne s'agit pas de licencier des gens, mais bon, toute mon équipe va disparaître », confie-t-il. Cette situation survient à un moment particulièrement difficile de sa vie, alors qu'il attend un enfant et vient d'acquérir sa première maison.

Des compétences humaines irremplaçables

Face à cette menace existentielle, des experts préconisent de cultiver des qualités que les machines ne peuvent reproduire. La curiosité intellectuelle, l'humilité et l'intelligence émotionnelle sont présentées comme des atouts essentiels. La capacité à établir des liens, à faire preuve d'empathie et à communiquer avec bienveillance devient d'autant plus précieuse que l'automatisation progresse. « L'IA apprend grâce au retour d'information – vous aussi », rappellent les analystes, incitant les travailleurs à solliciter des retours honnêtes de la part de leurs collègues.

Un paradoxe économique et psychologique

Le phénomène des professionnels payés pour former leurs futurs remplaçants, abordé dans des articles précédents, illustre la tension entre innovation technologique et sécurité de l'emploi. Alors que des études récentes, comme celle de l'Organisation internationale du travail (OIT), prévoient des millions de travailleurs concernés en Asie du Sud-Est sans suppressions massives d'emplois, d'autres voix s'élèvent pour souligner la transformation des métiers plutôt que leur disparition. Les recruteurs, de leur côté, se recentrent sur les postes spécialisés en intelligence artificielle, ce qui accentue la pression sur les professions non techniques.

Une nécessité d'adaptation

Pour les travailleurs anxieux, les experts recommandent d'adopter une démarche proactive : chercher de nouveaux apprentissages, explorer des perspectives variées et s'engager dans un monde qui dépasse le cadre numérique. L'humilité, définie comme la capacité à réfléchir sur ce qui vient naturellement, ce qui energise et ce qui bloque, est présentée comme une voie de développement personnel. Inviter des retours honnêtes sur ce qu'il faut commencer, arrêter ou continuer à faire peut aider à naviguer dans un environnement professionnel en mutation.

Ce paradoxe, où la formation à l'IA peut sembler une menace, devient ainsi un défi à la fois économique et psychologique. La capacité des individus à s'adapter et à valoriser leurs compétences humaines pourrait déterminer leur résilience face à l'automatisation croissante.