Le mouvement satirique « Cockroach Janta Party » (CJP), né d’une boutade d’un juge, passe de l’écran à la rue. Son fondateur, Abhijeet Dipke, a annoncé lundi 1er juin son intention de rentrer en Inde pour mener une « protestation pacifique » le 6 juin devant le Parlement ou le ministère de l’Éducation. L’objectif est d’obtenir la démission du ministre de l’Éducation, Dharmendra Pradhan, mis en cause dans des irrégularités présumées lors de l’examen national d’entrée en médecine.

Dans une vidéo diffusée sur le compte Instagram du CJP, Dipke a déclaré : « Le moment est venu pour nous tous de nous rassembler, en suivant la voie de la Constitution indienne, et d’élever pacifiquement nos voix pour exiger la démission de Dharmendra Pradhan. Si nous élevons nos voix ensemble, ils devront forcément nous écouter. » Le mouvement, initialement une plaisanterie en ligne, revendique désormais une action concrète.

Des origines humoristiques à une mobilisation politique La « Cockroach Janta Party » a vu le jour après que le juge en chef de l’Inde, Surya Kant, a comparé certains jeunes chômeurs à des « cafards » et des « parasites ». Bien qu’il ait ensuite expliqué que ses propos visaient les détenteurs de faux diplômes, la déclaration a provoqué une vague d’indignation chez les jeunes Indiens confrontés à un chômage massif et à des scandales à répétition dans le système éducatif. En réponse, Abhijeet Dipke, un diplômé de l’université de Boston âgé de 30 ans, a lancé le hashtag satirique « Que se passerait-il si tous les cafards s’unissaient ? ».

Ce qui n’était qu’une blague a rapidement pris une ampleur inattendue. Le compte Instagram du CJP compte désormais près de 23 millions d’abonnés, dépassant largement ceux des principaux partis politiques : le Bharatiya Janata Party (BJP) au pouvoir (9,5 millions) et le Congrès (13,9 millions). Le mouvement publie des mèmes, des vidéos générées par intelligence artificielle et des messages mêlant autodérision et critiques acerbes du système.

Une pétition et des demandes concrètes Au-delà du ton humoristique, le CJP a formulé un programme en cinq points : protection des votes légitimes, représentation féminine à 50 %, liberté de la presse, réforme de l’éducation et lutte contre le chômage. Selon une étude de l’université Azim Premji, près de 40 % des diplômés de moins de 25 ans sont sans emploi en Inde. Le mouvement a également lancé une pétition en ligne visant le ministre Pradhan, après l’annulation de l’examen d’entrée en médecine – auquel 2,2 millions de candidats avaient déjà participé – en raison de soupçons de fuite des sujets.

Des obstacles et des accusations La montée en puissance du mouvement ne s’est pas faite sans heurts. Dipke a révélé que son compte Instagram personnel et celui du parti ont été piratés, que le compte X (anciennement Twitter) du CJP a été bloqué en Inde pour des raisons de sécurité nationale – ce qui a donné lieu à un recours juridique – et que le site Web du mouvement a été temporairement inaccessible. Il a également affirmé subir des intimidations et une surveillance, au point que ses proches craignent son arrestation à son retour.

Par ailleurs, plusieurs responsables politiques du BJP, dont Rajeev Chandrasekhar et Kiren Rijiju, ont accusé le CJP d’être une « opération d’influence transfrontalière » menée par des ennemis de l’Inde, notamment le Pakistan, pour déstabiliser le pays. Dipke a réfuté ces allégations en publiant une capture d’écran de la démographie de ses abonnés, affirmant que 94 % d’entre eux sont indiens.

Quelle suite pour le mouvement ? Interrogé sur l’avenir du CJP, Dipke a indiqué qu’il entendait d’abord écouter les préoccupations des millions de personnes qui ont apporté leur soutien avant de décider des prochaines étapes. Le rassemblement du 6 juin constituera un test décisif pour évaluer la capacité de ce mouvement né sur les réseaux sociaux à se transformer en force politique réelle. Le gouvernement, lui, n’a pas encore réagi officiellement à l’annonce de la manifestation.