New Delhi – Le mouvement satirique « Cockroach Janta Party » (CJP) a organisé sa première manifestation de rue samedi 6 juin 2026 à New Delhi. Plusieurs centaines de jeunes, pour la plupart âgés de 20 à 25 ans, se sont rassemblés devant le Parlement indien pour exiger le limogeage du ministre de l'Éducation, Dharmendra Pradhan, à la suite de fuites massives des sujets des examens nationaux.

L'affaire des fuites

Le 3 mai dernier, plus de deux millions de candidats ont passé le NEET, l'examen d'entrée aux facultés de médecine indiennes. Neuf jours plus tard, le gouvernement a annoncé l'annulation de l'épreuve en raison d'irrégularités et de fuites. Plusieurs étudiants se sont suicidés après cette annulation, suscitant une vive colère dans tout le pays. L'examen a été reprogrammé au 21 juin.

L'affaire a éclaté après que le juge en chef de l'Inde, Surya Kant, a qualifié les jeunes au chômage de « cafards » lors d'une audience à la Cour suprême, fin mai. Cette comparaison a déclenché une vague de satire sur les réseaux sociaux, transformée en un mouvement baptisé « Cockroach Janta Party ».

Un mouvement né sur Instagram

Le compte Instagram de la CJP, créé par Abhijeet Dipke, un étudiant indien de 30 ans en post-graduation à Boston (États-Unis), a rapidement rassemblé des centaines de milliers d'abonnés. Son fondateur a lancé un appel à manifester le 6 juin, relayé massivement sur les réseaux sociaux.

« Ma voix est entendue », a confié Ayush Shimpi, un étudiant de 20 ans originaire du district tribal de Gadchiroli (Maharashtra), qui a passé le NEET le 3 mai. Il a appris l'existence du mouvement en parcourant son fil Instagram. « Après l'annulation, j'étais anéanti. Ce rassemblement me redonne espoir », a-t-il ajouté.

Une manifestation pacifique et symbolique

Les participants brandissaient des pancartes aux slogans humoristiques et critiques, comme « Nous ne sommes pas des cafards » ou « Rendez-nous notre avenir ». Le rassemblement s'est déroulé sans incident. La police de Delhi a encadré le cortège, qui est resté sur le trottoir devant le Parlement.

Abhijeet Dipke, qui a participé à la manifestation via un écran géant installé sur place, a déclaré : « Ce n'est que le début. Nous exigeons la tête du ministre de l'Éducation. Le système des examens est pourri de l'intérieur. »

Un contexte de colère généralisée

Les fuites d'examens sont récurrentes en Inde. Outre le NEET, des fuites ont également affecté les épreuves de recrutement de la fonction publique et les concours d'entrée aux écoles d'ingénieurs. Le gouvernement dirigé par Narendra Modi a été critiqué pour son incapacité à endiguer ces fraudes.

Le ministre de l'Éducation, Dharmendra Pradhan, a défendu l'action du gouvernement, affirmant que des enquêtes étaient en cours. Il a également dénoncé les « tactiques de déstabilisation » du mouvement CJP, qu'il qualifie d'« irresponsable ».

Une mobilisation inédite de la génération Z

La « Cockroach Janta Party » s'appuie sur une communication virale, des mèmes et des vidéos TikTok. Ses partisans, souvent surnommés la « génération Z », se disent fatigués de la corruption et du système éducatif qu'ils jugent archaïque.

« Ils disent qu'on est des cafards, mais nous sommes des millions. Et nous savons nous organiser », commente Priya Sharma, une étudiante de 22 ans venue de Lucknow. « Les politiciens nous ignorent depuis trop longtemps. Aujourd'hui, on leur montre qu'on existe. »

Prochaines étapes

Le mouvement appelle à de nouvelles actions dans les semaines à venir, notamment des rassemblements dans d'autres grandes villes indiennes comme Mumbai, Hyderabad et Bengaluru. Une pétition en ligne demandant la démission de Dharmendra Pradhan a déjà recueilli plus de 500 000 signatures.

L'incident a également relancé le débat sur la réforme du système d'examens en Inde, notamment la centralisation des épreuves et la sécurité des sujets.