Au Kenya, la contestation contre la présence d’un centre de quarantaine géré par les États-Unis continue de faire des victimes. Un manifestant a trouvé la mort par balles lors d’un rassemblement organisé à proximité de l’installation, ont rapporté des témoins. Cet événement porte à trois le nombre de personnes décédées dans le cadre de ces protestations, en l’espace d’une dizaine de jours.
Mouvements de colère dans la région de Mandera
Les affrontements ont eu lieu dans le comté de Mandera, une région frontalière de la Somalie. Des habitants, rejoints par des militants locaux, s’étaient rassemblés pour exiger la fermeture du site, qu’ils jugent dangereux et imposé sans consultation préalable. Selon plusieurs témoins, les forces de l’ordre ont tenté de disperser la foule, d’abord par des sommations, puis en faisant usage de gaz lacrymogènes. La situation a dégénéré lorsque des jets de pierres ont visé les agents, lesquels ont alors ouvert le feu.
Le bilan officiel n’avait pas encore été communiqué par les autorités kényanes dans les heures qui ont suivi l’incident. Un porte-parole de la police nationale a indiqué qu’une enquête était en cours pour déterminer les circonstances précises du drame, sans confirmer dans l’immédiat le nombre de victimes.
Un dispositif américain contesté
Le centre de quarantaine, mis en place par le gouvernement américain, est destiné à accueillir les voyageurs en provenance de pays touchés par l’épidémie d’Ebola qui présenteraient des symptômes ou auraient été exposés au virus. L’objectif affiché par Washington est d’empêcher l’importation de la maladie sur le sol américain. Les autorités sanitaires américaines considèrent que l’installation au Kenya permet de réduire les risques de propagation internationale.
Cette stratégie, qui comprend également l’interdiction de voyager depuis les zones les plus touchées et le rapatriement vers l’Europe des ressortissants américains malades, est critiquée par de nombreux experts en santé publique. Plusieurs scientifiques jugent les mesures « excessives » et « contraires à l’éthique », estimant qu’elles stigmatisent les populations africaines et qu’elles ne reposent pas sur des données épidémiologiques solides.
Une défiance croissante de la population locale
Dans la région de Mandera, la méfiance est particulièrement vive. Les habitants redoutent que le centre ne devienne un foyer de contamination ou qu’il serve à des fins autres que sanitaires. Des rumeurs, alimentées par le manque de transparence autour du projet, circulent sur la nature exacte des activités menées sur place. Les autorités kényanes et américaines ont tenté à plusieurs reprises de rassurer la population, en organisant des réunions d’information, sans parvenir à dissiper les inquiétudes.
Les manifestations, qui ont débuté fin mai, se sont intensifiées depuis l’annonce de l’ouverture imminente du centre. Les deux premiers décès étaient survenus lors d’une précédente mobilisation, le 2 juin, puis le 5 juin. Ces nouvelles violences montrent que le dialogue reste au point mort et que la tension ne faiblit pas.
Un contexte politique et sanitaire tendu
Le dossier du centre de quarantaine place le gouvernement kényan dans une position délicate. D’un côté, Nairobi entretient des relations étroites avec Washington, dont le soutien est crucial dans la lutte contre le terrorisme et pour l’aide au développement. De l’autre, l’exécutif doit composer avec une opinion publique locale hostile à ce qu’elle perçoit comme une ingérence étrangère.
La question sanitaire, qui touche à la peur du virus Ebola, ajoute une dimension émotionnelle forte à la contestation. L’épidémie, qui sévit principalement en République démocratique du Congo et en Ouganda voisins, a déjà causé plusieurs centaines de morts. Si aucun cas n’a été détecté au Kenya, la proximité géographique alimente les craintes.
L’ONU et plusieurs organisations non gouvernementales ont appelé au calme et demandé une enquête indépendante sur les tirs de la police. Elles exhortent également les parties à privilégier la concertation pour trouver une issue pacifique à la crise.