La contestation contre un centre de quarantaine américain installé sur la base aérienne de Laikipia, près de Nanyuki, a fait une nouvelle victime. Un homme a été tué par balle mardi 9 juin lors d'affrontements avec les forces de l'ordre, portant à deux le nombre de morts dans le cadre de ce dossier.
Selon plusieurs témoins oculaires et un organisateur des manifestations, le quadragénaire est décédé d'une blessure par balle à la tête. Des journalistes présents sur place ont vu le corps, qui présentait une large blessure au crâne, à l'arrière d'un fourgon de police. Un porte-parole de la police a indiqué ne pas disposer d'informations sur cet incident.
La manifestation, qui rassemblait plusieurs centaines de personnes, a dégénéré lorsque certains protestataires ont brûlé des pneus et lancé des pierres. Les policiers ont répliqué par des tirs de gaz lacrymogènes, puis des détonations ont été entendues. Un autre manifestant a été blessé par un jet de gaz lacrymogène, selon la Croix-Rouge kényane.
Un projet contesté
Le centre de quarantaine, presque achevé, doit compter 50 lits d'isolement et être géré par du personnel américain. Il est destiné à accueillir des ressortissants des États-Unis ayant été exposés à l'épidémie de virus Ebola qui sévit en République démocratique du Congo (RDC) depuis le 15 mai.
Les habitants de Nanyuki, ville touristique située au pied du Mont Kenya, expriment leur vive opposition. Ils craignent que le pays, qui n'a jamais enregistré de cas d'Ebola et ne partage pas de frontière avec la RDC, ne devienne une destination pour des personnes potentiellement contaminées.
« Nous disons aux Américains qu'ils peuvent prendre leur Ebola et le ramener dans leur pays », a déclaré Mwangi Wangai, un défenseur des droits humains de 30 ans, vêtu d'une tenue de protection. « J'aimerais connaître les raisons pour lesquelles ils ont pensé que notre pays était une décharge », a renchéri Priscilla Waimani, une créatrice de contenus de 47 ans, drapée dans un drapeau kényan.
Contexte épidémique
Selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), 550 cas d'Ebola ont été confirmés en RDC, dont 101 décès. Dix-neuf cas, dont deux morts, ont également été recensés en Ouganda. L'OMS a aussi signalé un cas probable mortel.
La police kényane fait l'objet de critiques récurrentes pour son usage excessif de la force. Des arrestations ont été observées lors de la manifestation de mardi, et les forces de l'ordre ont dispersé à plusieurs reprises des groupes de manifestants au gaz lacrymogène. Un cercueil portant l'inscription « Ebola » a été transporté par les protestataires, dont certains étaient vêtus d'équipements de protection.