Un nouveau drame a éclaté mardi 9 juin au Kenya lors de manifestations contre un centre de quarantaine destiné à accueillir des citoyens américains ayant été en contact avec le virus Ebola. Un homme a trouvé la mort après avoir été atteint par une balle lors d'affrontements avec la police dans la ville de Nanyuki, dans le centre du pays. Plusieurs autres personnes ont également été blessées.

La victime, un opposant à ce projet controversé, a été abattue alors que des centaines de personnes avaient pris part à un rassemblement dans cette localité située au pied du mont Kenya. Selon des témoins oculaires et l'un des organisateurs de la mobilisation, le manifestant est décédé des suites d'une blessure par balle à la tête. Son corps a été vu gisant à l'arrière d'un fourgon de police, présentant une large blessure au crâne. Interrogé sur ce décès, un porte-parole de la police a indiqué ne pas avoir d'informations sur l'incident.

Cette mort porte à deux le bilan humain des contestations contre ce centre, après le décès d'un autre manifeste survenu quelques jours plus tôt dans des circonstances similaires. La police kényane est régulièrement épinglée par des organisations de défense des droits pour son usage présumé excessif de la force lors des opérations de maintien de l'ordre.

Un projet qui cristallise les tensions

Le centre de quarantaine est en cours de construction sur la base aérienne de Laikipia, à proximité de Nanyuki, une destination touristique réputée. Il doit accueillir des ressortissants américains qui ont été exposés au virus Ebola, alors qu'une épidémie sévit en République démocratique du Congo (RDC) depuis le 15 mai. L'Organisation mondiale de la santé (OMS) a recensé 550 cas confirmés de cette fièvre hémorragique en RDC, dont 101 décès. Dix-neuf cas, dont deux morts, ont également été signalés en Ouganda voisin.

Le projet, qui prévoit 50 lits d'isolement gérés par du personnel américain, suscite une vive opposition parmi la population locale. De nombreux habitants expriment la crainte de voir arriver des personnes contaminées dans un pays qui n'a jamais enregistré de cas d'Ebola et qui ne partage pas de frontière avec la RDC. La colère est d'autant plus forte que les États-Unis sont accusés de refuser d'accueillir leurs propres citoyens malades sur leur sol, préférant les prendre en charge à l'étranger.

Des scènes de violence dans la ville

À Nanyuki, la manifestation a rapidement dégénéré. Des manifestants ont brûlé des pneus et lancé des projectiles en direction des forces de l'ordre, qui ont riposté en faisant usage de gaz lacrymogènes. Des tirs ont été entendus, et un manifestant blessé par un jet de gaz a été pris en charge par la Croix-Rouge kényane. Plusieurs personnes ont été interpellées par la police.

Certains protestataires étaient vêtus d'équipements de protection individuelle, tandis que d'autres transportaient un cercueil sur lequel était inscrit « Ebola ». « Nous disons aux Américains qu'ils peuvent prendre leur Ebola et le ramener dans leur pays », a déclaré un défenseur des droits humains âgé de 30 ans, vêtu d'une tenue de protection. « J'aimerais connaître les raisons pour lesquelles ils ont pensé que notre pays était une décharge », a renchéri une créatrice de contenus de 47 ans, drapée dans un drapeau kényan.