Victoire annoncée pour le pouvoir en place

Les premières estimations des élections législatives qui se sont déroulées le 7 juin en Arménie donnent une large avance au parti Civil Contract, formation du Premier ministre sortant Nikol Pachinian. Ce scrutin était présenté comme un test décisif pour l'orientation géopolitique du pays, tiraillé entre son allié historique russe et un rapprochement accru avec l'Occident.

D'après les sondages de sortie des urnes diffusés dans la soirée, le parti au pouvoir obtiendrait environ 55 % des suffrages, ce qui lui assurerait une majorité confortable au sein du parlement arménien. En votant, le chef du gouvernement avait déclaré que son pays continuerait à "renforcer son indépendance, son statut d'État, sa démocratie et l'État de droit", tout en affirmant que "l'Union européenne est notre principal partenaire dans la mise en œuvre des réformes démocratiques".

Une opposition qui crie à la fraude

En revanche, la coalition d'opposition menée par le parti Strong Armenia (Arménie Forte), qui prône un retour à une alliance étroite avec Moscou, conteste vivement les résultats. Ses responsables ont immédiatement dénoncé des fraudes massives, évoquant des achats de votes et des manipulations dans les bureaux de vote. Ils réclament un recomptage des bulletins et menacent de saisir la justice.

La veille du scrutin, les autorités judiciaires arméniennes avaient déjà annoncé l'émission de six mandats d'arrêt à l'encontre de membres de ce parti d'opposition, les accusant de corruption électorale pour avoir tenté d'acheter des suffrages. Cette annonce a été perçue par les partis d'opposition comme une tentative d'intimidation de la part du gouvernement.

Un scrutin sous haute tension géopolitique

Ce vote s'est déroulé dans un climat de fortes pressions internationales. La Russie, dont l'influence dans la région a été affaiblie par la guerre en Ukraine, a multiplié les avertissements à l'encontre de l'Arménie. Depuis plusieurs semaines, Moscou a imposé une série de restrictions sur les exportations arméniennes. Par ailleurs, le président Vladimir Poutine et d'autres responsables russes ont proféré des menaces à peine voilées, comparant la trajectoire de l'Arménie à celle de l'Ukraine, pays qui a été envahi par la Russie en 2022.

En parallèle, l'Union européenne et les États-Unis ont intensifié leurs efforts diplomatiques pour attirer Erevan dans leur orbite. Des observateurs occidentaux étaient déployés pour superviser le scrutin.

Les conséquences de la défaite de 2020

Ce scrutin est le premier depuis la lourde défaite militaire subie par l'Arménie face à l'Azerbaïdjan en 2020 dans le conflit du Haut-Karabakh. Cette guerre s'était soldée par la perte de vastes territoires pour Erevan et avait profondément fragilisé le pouvoir de Nikol Pachinian. Depuis, ce dernier a opéré un virage géopolitique majeur, cherchant à réduire la dépendance de son pays envers la Russie, jugée incapable de garantir sa sécurité, tout en multipliant les partenariats avec les puissances occidentales.

Sa politique de rapprochement avec l'Union européenne, perçue comme une rupture avec des décennies d'alliance pro-russe, divise profondément la société arménienne. Une partie de la population et des élites reste attachée aux liens historiques et militaires avec Moscou, tandis que d'autres y voient la seule voie pour assurer l'avenir du pays.

Prochaines étapes

La commission électorale centrale doit proclamer les résultats officiels définitifs dans les prochains jours. Ceux-ci devraient confirmer la large victoire du parti au pouvoir, malgré les contestations de l'opposition. La nouvelle majorité parlementaire sera alors chargée de former un gouvernement et de poursuivre la politique de rapprochement avec l'Occident, ce qui risque d'exacerber encore les tensions avec la Russie.