Les bureaux de vote ont ouvert dimanche 7 juin en Arménie pour des élections législatives anticipées qui s'annoncent comme un tournant dans l'avenir du pays. Le scrutin oppose principalement le parti Civil Contract du Premier ministre sortant, Nikol Pachinian, à la formation Strong Armenia, proche de la Russie. Ce vote est largement considéré comme un test sur la volonté des Arméniens de poursuivre le rapprochement avec l'Union européenne (UE) engagé par le dirigeant en exercice, ou de revenir vers une alliance renforcée avec Moscou.

Un duel entre deux visions géopolitiques

Après avoir pris la tête du gouvernement en 2018, Nikol Pachinian a progressivement éloigné Erevan de son allié historique russe, au prix d'une détérioration marquée des relations bilatérales. Son parti, Civil Contract, arrive en tête des intentions de vote avec environ 32 % des suffrages, selon les derniers sondages. En face, Strong Armenia, créé l'année dernière par l'homme d'affaires arméno-russe Samvel Karapetyan, plafonne à 11 % des voix. Cette formation incarne le camp favorable à un maintien des liens étroits avec la Russie, principal partenaire commercial et fournisseur d'énergie de l'Arménie.

Malgré une avance confortable dans les enquêtes d'opinion, le Premier ministre ne devrait pas obtenir la majorité absolue pour gouverner seul si les résultats confirment ces tendances. La constitution d'une coalition s'annonce nécessaire.

Les menaces économiques de Moscou

La réorientation pro-européenne d'Erevan a suscité une réaction hostile du Kremlin. Le président russe Vladimir Poutine a proféré des menaces voilées ces dernières semaines, évoquant le risque de conséquences économiques négatives en cas de rupture avec Moscou. Il a également suggéré que l'Arménie pourrait connaître une crise similaire à celle de l'Ukraine, affirmant que les difficultés de Kiev « ont commencé avec les efforts pour se rapprocher de l'UE », des propos largement interprétés comme un avertissement. En amont du scrutin, la Russie a durci ses restrictions sur les produits agricoles arméniens, notamment les fleurs et les légumes, rendant plus tangibles ses menaces de pressions économiques.

La contre-offensive européenne

Face à ces intimidations, l'UE a réagi en augmentant son soutien à l'Arménie. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a fustigé ce qu'elle a qualifié de « marchandisation par Moscou des relations économiques à des fins de pression politique ». Bruxelles a débloqué une enveloppe de 50 millions d'euros (57,6 millions de dollars) destinée à l'État caucasien, et promis d'assouplir les conditions commerciales pour les produits affectés par les restrictions russes. Ce geste vise à contrer la stratégie de pression russe et à soutenir la trajectoire européenne engagée par le gouvernement Pachinian.

La paix avec Bakou au cœur des débats

Outre l'axe géopolitique, le processus de paix avec l'Azerbaïdjan constitue l'un des enjeux majeurs du scrutin. L'opposition et une partie de l'opinion publique accusent Nikol Pachinian d'avoir cédé face à Bakou, en particulier après l'accord de paix parrainé par les États-Unis qu'il a signé en août dernier. La perte du territoire du Haut-Karabakh, une région séparatiste peuplée d'Arméniens reprise par l'Azerbaïdjan lors d'une guerre en 2023, reste une blessure vive dans la mémoire collective arménienne. Les critiques reprochent au Premier ministre d'avoir fait trop de concessions dans ce cadre.

Nikol Pachinian est également critiqué pour sa gestion autoritaire du pouvoir, plusieurs de ses opposants ayant été incarcérés ces dernières années. Le gouvernement justifie ces arrestations en affirmant que les personnes emprisonnées tentaient d'organiser des coups d'État.

Un scrutin sous haute tension

Près de 2,48 millions d'électeurs, sur une population totale de 3 millions d'habitants, sont appelés aux urnes. Les bureaux de vote ont ouvert à 8 heures locales (4 heures GMT) et fermeront à 20 heures. Les résultats définitifs sont attendus dans les jours suivants. Ce vote déterminera non seulement la composition du parlement, mais aussi la direction que prendra l'Arménie dans un contexte régional marqué par des tensions avec la Russie et une quête de nouveaux partenariats occidentaux.