Un scrutin décisif pour l’orientation du pays
Les électeurs arméniens se sont rendus aux urnes dimanche 7 juin pour élire les 101 députés de l’Assemblée nationale. Ce vote était observé avec une attention particulière par les capitales occidentales comme par Moscou, tant il engage l’avenir géopolitique de ce petit État du Caucase du Sud, traditionnellement allié de la Russie mais qui amorce un rapprochement avec l’Union européenne.
Selon les résultats préliminaires publiés par la commission électorale centrale, le parti Civil Contract du premier ministre Nikol Pachinian arriverait largement en tête avec environ 55 % des suffrages exprimés, ce qui lui assurerait 71 sièges, soit une majorité absolue confortable. Le taux de participation s’établit à 52 % de l’électorat, un niveau modéré pour une élection législative dans le pays.
Une opposition qui refuse de reconnaître les résultats
Samvel Karapetian, homme d’affaires milliardaire d’origine russo-arménienne et principal adversaire de Pachinian, recueillerait environ 30 % des voix, selon les premières estimations. Placé sous assignation à résidence dans sa propriété des environs d’Erevan pendant la campagne, il a immédiatement rejeté ces chiffres. Ses partisans accusent les autorités d’avoir orchestré un « achat de votes » à grande échelle en faveur du camp gouvernemental. Plusieurs observateurs ont rapporté des irrégularités, notamment la fermeture anticipée de certains bureaux de vote et des distributions d’argent liquide dénoncées par l’opposition. Le parquet a ouvert une enquête pour corruption électorale.
La coalition d’opposition menée par Karapetian affirme ne pas reconnaître les résultats et promet de contester le scrutin par toutes les voies légales. Des rassemblements de protestation ont commencé à se former dans la capitale dans la soirée de dimanche.
Un verdict attendu par Moscou et Bruxelles
La victoire annoncée de Nikol Pachinian conforte la ligne politique qu’il a impulsée depuis la défaite militaire de 2020 face à l’Azerbaïdjan au sujet du Haut-Karabakh. Le premier ministre sortant a multiplié les gestes de rapprochement avec les Occidentaux – Union européenne, États-Unis – tout en prenant ses distances avec l’Organisation du traité de sécurité collective (OTSC) dominée par Moscou. Son gouvernement a notamment suspendu la participation arménienne à cette alliance et évoqué une possible adhésion à l’UE à terme.
La Russie, par la voix de son ministère des Affaires étrangères, a exprimé ses « sérieuses inquiétudes » quant au déroulement du scrutin, dénonçant des « irrégularités flagrantes ». Le Kremlin avait ouvertement soutenu la candidature de Karapetian, qu’il considère comme un garant de la continuité des liens bilatéraux. À l’inverse, l’Union européenne a félicité Pachinian pour sa victoire, saluant un vote « libre et pluraliste » et réitérant son soutien à la normalisation des relations entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan.
Des défis immédiats
Le nouveau gouvernement devra rapidement gérer plusieurs dossiers brûlants : la signature d’un traité de paix avec Bakou, la délimitation des frontières, et la gestion des relations économiques avec la Russie, qui reste le premier partenaire commercial et énergétique de l’Arménie. Nikol Pachinian a déclaré que son objectif prioritaire restait « la conclusion d’un accord de paix historique avec l’Azerbaïdjan et la normalisation avec la Turquie », deux enjeux qui divisent profondément la société arménienne.
Dans l’immédiat, l’incertitude demeure quant à la réaction de l’opposition. Si les accusations de fraudes persistent, le pays pourrait connaître une période de tensions politiques, malgré la majorité parlementaire acquise par le parti au pouvoir.