Les négociations entre l'Inde et les États-Unis en vue d'un accord commercial bilatéral historique se heurtent à une exigence centrale de New Delhi : obtenir un traitement tarifaire préférentiel par rapport à ses principaux concurrents avant de parapher le texte. Cette condition, formulée par les autorités indiennes, complique la conclusion d'un pacte pourtant présenté comme imminent depuis plusieurs semaines.
Les deux parties ont multiplié les rounds de discussion depuis l'annonce officielle des pourparlers en février 2025. Un cadre pour un accord intérimaire a été dévoilé en février 2026, mais les points de friction demeurent. L'administration américaine a notamment imposé en août 2025 un droit de douane supplémentaire de 25 % sur une sélection de produits indiens, en réponse aux achats persistants de pétrole russe par l'Inde. Cette mesure s'ajoutait aux 25 % de droits réciproques déjà en vigueur.
La question de l'avantage compétitif
L'Inde cherche à obtenir des États-Unis des conditions tarifaires plus avantageuses que celles consenties à d'autres pays asiatiques, notamment la Chine et le Vietnam, afin de renforcer l'attractivité de ses exportations sur le marché américain. Sans cette garantie, les responsables indiens estiment que l'accord pourrait désavantager leur industrie face à une concurrence régionale déjà féroce. Plusieurs observateurs jugent que cette demande constitue le principal obstacle à la finalisation du pacte.
Des relations bilatérales sous tension
Les relations entre le Premier ministre indien Narendra Modi et le président américain Donald Trump se sont détériorées depuis le printemps 2025. Un incident diplomatique majeur est survenu en mai 2025, lorsque M. Trump a affirmé avoir négocié un accord de paix entre l'Inde et le Pakistan à la suite de l'attaque de Pahalgam au Cachemire administré par l'Inde. Cette déclaration unilatérale a provoqué un tollé à New Delhi, où l'on a estimé que Washington outrepassait son rôle.
Pas de percée significative
Malgré plusieurs cycles de pourparlers, aucun progrès décisif n'a été enregistré. Le ministre indien du Commerce, Piyush Goyal, a répété à plusieurs reprises qu'un accord était « très proche ». Des experts proches des négociations confirment cette appréciation, mais précisent que l'accord ne pourra aboutir tant que des assurances cruciales ne seront pas obtenues sur les trois dossiers sensibles : l'accès au marché américain, le niveau des droits de douane, et la question des achats de pétrole russe par l'Inde.
L'enjeu est de taille pour les deux économies. Pour l'Inde, un accord permettrait de sécuriser des débouchés pour ses exportations de textiles, de produits pharmaceutiques et de technologies de l'information. Pour les États-Unis, il s'agit de renforcer leur présence commerciale en Asie du Sud et de contrebalancer l'influence chinoise. Mais l'exigence indienne d'un avantage concurrentiel clair pourrait encore retarder la signature, chaque camp cherchant à ne pas donner l'impression de céder le premier.