L’Inde pose une condition claire avant de sceller l’accord commercial bilatéral (BTA) en cours avec les États-Unis : obtenir un traitement tarifaire préférentiel par rapport à ses principaux concurrents, en particulier la Chine, le Vietnam, le Bangladesh et la Turquie. Selon des sources proches des discussions, New Delhi estime que les droits de douane américains actuellement en vigueur désavantagent ses exportateurs face à ceux de ces pays, et exige un rééquilibrage avant la ratification de tout pacte global.

Cette position a été réaffirmée ces derniers jours par le ministre indien du Commerce, Piyush Goyal, qui a déclaré que ses services s’assureraient que « les exportateurs indiens ne soient pas défavorisés par des écarts de droits de douane ». Le responsable a laissé entendre que tout accord qui ne garantirait pas un avantage concurrentiel immédiat serait rejeté par New Delhi.

Des discussions sous tension

Les négociations, lancées en février 2025 lors d’une rencontre entre le Premier ministre Narendra Modi et le président américain Donald Trump, n’ont toujours pas abouti à une percée, malgré la publication d’un cadre d’accord intérimaire en février 2026. Les relations entre les deux capitales ont été émaillées par plusieurs tensions. En mai 2025, une vive dispute diplomatique avait éclaté après que Donald Trump a affirmé avoir négocié un accord de paix entre l’Inde et le Pakistan à la suite de l’attaque de Pahalgam au Cachemire administré par l’Inde. En août 2025, l’administration Trump a imposé une surtaxe de 25 % sur une sélection de produits indiens, en représailles aux achats persistants de pétrole russe par New Delhi. Cette surtaxe s’ajoute aux 25 % de droits de douane réciproques déjà en vigueur, portant le total à 50 % sur certaines marchandises.

Un rapport de force asymétrique

Côté américain, les revendications portent sur une réduction des droits de douane indiens à l’importation de produits américains, notamment dans les secteurs agricole, automobile et pharmaceutique, ainsi que sur une amélioration de l’environnement des affaires. Les États-Unis estiment que l’Inde doit ouvrir davantage son marché pour équilibrer les échanges, alors qu’un déficit commercial persiste. Pour New Delhi, ces concessions ne sont envisageables qu’en échange d’un traitement tarifaire au moins aussi favorable que celui accordé aux autres grandes économies asiatiques.

Un contexte de rivalités régionales

L’Inde considère que ses concurrents directs – Chine, Vietnam, Bangladesh – bénéficient aux États-Unis de droits de douane plus bas sur des produits similaires, ce qui grève la compétitivité de ses industries textile, pharmaceutique et électronique. Selon des experts, les droits américains sur les importations indiennes sont en moyenne plus élevés que ceux frappant les marchandises chinoises, malgré les tensions commerciales entre Washington et Pékin. L’administration Trump a imposé des droits punitifs à la Chine, mais les produits chinois bénéficient encore de nombreuses exemptions, tandis que l’Inde subit à la fois les droits réciproques et les sanctions liées au pétrole russe.

Quelles perspectives ?

Les observateurs estiment que la conclusion d’un accord est encore éloignée. Aucune des deux parties ne souhaite apparaître comme ayant cédé en premier, et les échéances politiques – élections intermédiaires américaines en novembre 2026, élections générales indiennes en 2027 – pourraient encore ralentir les tractations. Le cadre d’accord intérimaire de février 2026 a certes permis de poser les bases d’un texte, mais les points durs restent en suspens. L’Inde insiste sur une « clause de compétitivité » qui lui garantirait des tarifs inférieurs à ceux de ses pairs, tandis que les États-Unis demandent une réciprocité plus large. La question des droits de douane sur les produits indiens liés au pétrole russe reste également un point d’achoppement, Washington exigeant une réduction des achats de Moscou par New Delhi avant toute levée des sanctions.

Dans l’immédiat, les négociations se concentrent sur un premier volet limité de l’accord, portant sur des produits spécifiques comme les pièces automobiles, les produits chimiques et certains services numériques. Mais sans avancée sur la question tarifaire, le risque d’un enlisement prolongé demeure. New Delhi a déjà exploré d’autres pistes, notamment un renforcement des échanges avec l’Union européenne et un accord de libre-échange avec le Royaume-Uni, afin de diversifier ses partenariats et de ne pas dépendre entièrement des États-Unis.