L'économie mondiale aborde une phase d'incertitude inédite, selon les projections publiées par l'OCDE en amont de sa réunion ministérielle annuelle. L'organisation a choisi pour la première fois de ne pas établir un scénario de référence unique, mais d'en exposer deux, conditionnés à l'évolution des hostilités au Moyen-Orient.
Dans le cas le plus favorable, où les tensions s'apaiseraient rapidement, la croissance du produit intérieur brut mondial atteindrait 2,8 % cette année, contre 3,4 % en 2025. Les prix de l'énergie, revenus à un niveau comparable à celui de 2022, reflueraient progressivement à partir de l'été, avec un baril de pétrole estimé à 92 dollars en moyenne sur l'année. Un rebond modéré, à 3,1 %, est escompté pour 2027.
Le second scénario, plus sombre, table sur une persistance du conflit. Dans cette hypothèse, la croissance mondiale chuterait à 2,1 % en 2026, puis à 1,8 % en 2027. Le baril de pétrole atteindrait alors près de 120 dollars en moyenne l'année prochaine. « À ce niveau, c'est moins de la moitié de la croissance mondiale qui a été observée au cours des vingt-cinq dernières années », a déclaré Stefano Scarpetta, économiste en chef de l'OCDE, lors de la présentation.
Des disparités régionales marquées
Toutes les régions seraient affectées, mais avec des intensités différentes. Les États-Unis, première économie mondiale, verraient leur croissance plafonner à 2 % dans le meilleur des cas. La zone euro afficherait une progression anémique de 0,8 % en 2026. L'Allemagne et la France seraient particulièrement à la peine, avec une hausse de 0,7 % chacune, tandis que l'Italie ne dépasserait pas 0,5 %. L'Espagne ferait figure d'exception avec une croissance de 2,2 %.
Les économies asiatiques ouvertes, fortement dépendantes des approvisionnements en hydrocarbures du golfe Persique, sont jugées parmi les plus vulnérables. Le Japon et la Corée du Sud disposent toutefois de réserves stratégiques leur offrant une marge de manœuvre plus longue. En Inde, un rationnement de l'utilisation du gaz a déjà été instauré pour protéger les ménages.
L'OCDE pointe également les conséquences sur le commerce de produits intermédiaires, comme l'hélium, essentiel à la fabrication de semi-conducteurs, ce qui pourrait freiner les investissements dans l'intelligence artificielle, principal moteur de la croissance l'année précédente.
Pression inflationniste et risque de dérapage
L'inflation mondiale, mesurée dans les pays du G20, atteindrait 4 % en 2026 dans le scénario optimiste, contre 3,4 % en 2025, avant de revenir à 3,1 % en 2027. En cas de guerre prolongée, elle grimperait de 0,4 point supplémentaire en 2026, puis de 1,3 point en 2027. Les prix des matières premières, notamment alimentaires et énergétiques, exerceraient une pression persistante.
Stefano Scarpetta a mis en garde contre un possible dérapage des anticipations d'inflation des ménages et des entreprises. Un tel phénomène contraindrait les banques centrales à durcir leur politique monétaire, ce qui pèserait davantage sur l'activité. Dans le scénario de résolution rapide, la Banque centrale européenne ne procéderait qu'à un relèvement limité d'un quart de point de ses taux directeurs.
Des perspectives initialement favorables anéanties
Avant le déclenchement des hostilités, le 28 février dernier, les indicateurs du dernier trimestre 2025 étaient encourageants. Les investissements massifs dans l'intelligence artificielle, la bonne tenue des marchés financiers et l'apaisement des tensions commerciales laissaient entrevoir une révision à la hausse des prévisions pour 2026. « Le conflit au Moyen-Orient a complètement annihilé cette perspective favorable », a résumé Stefano Scarpetta.
Le secrétaire général de l'OCDE, Mathias Cormann, a souligné que « plus les perturbations se prolongent, plus les coûts économiques et sociaux augmenteront ». Le chômage progresserait dans de nombreux pays et les investissements, notamment dans l'intelligence artificielle, s'affaibliraient significativement.
L'organisation relève que seize économies non membres du G20 ont vu leurs perspectives de croissance réduites de plus de 0,3 point de pourcentage pour l'année en cours. La guerre douanière initiée en 2025 par les États-Unis n'a finalement pas eu l'ampleur redoutée, mais le choc énergétique actuel reporte au premier plan les inquiétudes.