Le pape Léon XIV a consacré la première étape de sa tournée espagnole à une cause qui lui tient à cœur : la défense des migrants. Jeudi, il s’est rendu au port d’Arguineguin, sur l’île de Grande Canarie, un lieu devenu emblématique de la crise migratoire dans l’archipel. Devant une foule de migrants et de fidèles, le pontife a prononcé un discours ferme contre l’indifférence des responsables politiques, en particulier européens.

Un geste symbolique en mémoire des disparus

Le souverain pontife a jeté une couronne de fleurs à la mer pour honorer les milliers de personnes qui ont péri en tentant de rejoindre les côtes européennes. Ce geste rappelait celui accompli par son prédécesseur, le pape François, en 2013 sur l’île italienne de Lampedusa. « Que l’histoire ne nous accuse pas d’avoir transformé la douleur de ceux qui souffrent en un spectacle ordinaire sur nos rivages », a déclaré Léon XIV. « Aujourd’hui, ici, au bord de la mer, chaque personne qui arrive nous interroge sur ce qu’il reste de notre humanité. »

Une critique des politiques européennes

Le pape s’en est pris avec vigueur aux dirigeants du Vieux Continent, alors que le durcissement des mesures migratoires s’accélère sous la pression des partis d’extrême droite. Il a interpellé la « conscience » de l’Europe, estimant qu’elle ne peut prétendre défendre la dignité humaine tout en laissant la Méditerranée et l’océan Atlantique devenir des « tombes sans nom ». « La dignité humaine n’a pas de passeport et ne perd pas sa valeur en franchissant une frontière », a-t-il martelé.

Un message direct aux migrants

S’adressant directement aux migrants rassemblés autour d’une croix taillée dans le bois d’épaves de bateaux, Léon XIV a prononcé des paroles d’une grande douceur : « Chers migrants, avant de vous dire quoi que ce soit d’autre, je veux m’incliner devant votre dignité. Vous n’êtes pas de simples chiffres ou des dossiers. Vous êtes des personnes qui ont laissé derrière elles des familles et des foyers. Vous avez des rêves que personne n’a le droit de mépriser. »

Un lieu tristement célèbre

Le port d’Arguineguin, situé à plus de 1 000 kilomètres de l’Espagne continentale, est plus proche de l’Afrique que de l’Europe. Il avait été surnommé le « quai de la honte » en 2020, lorsque des milliers de migrants y avaient dormi à la belle étoile ou sous des abris de fortune, dans des conditions insalubres, après une vague d’arrivées durant la pandémie. En 2024, un record de 46 000 personnes avaient débarqué dans l’archipel. Depuis, des accords entre l’Union européenne, l’Espagne et plusieurs gouvernements ouest-africains ont entraîné une forte baisse des arrivées.

Un plaidoyer pour des politiques plus humaines

Le pape a également exhorté les autorités des pays d’origine des migrants à améliorer la sécurité et les conditions économiques, et a appelé les États de transit à protéger les candidats à l’exil contre les passeurs et les trafiquants. Cette visite s’inscrit dans le thème général de son séjour en Espagne, centré sur l’immigration et la justice sociale, et répond à un vœu inassouvi de son prédécesseur, le pape François, qui avait lui aussi fait de la cause des migrants une priorité.