Le pape Léon XIV a adressé, vendredi 12 juin, une mise en garde solennelle aux trafiquants d'êtres humains qui exploitent les migrants africains tentant de rejoindre l'Europe via l'archipel espagnol. « Cessez. Repentez-vous », a-t-il déclaré, avant d'ajouter que pour « chaque vie perdue, chaque famille trompée », les responsables devront « comparaître devant la justice divine ». Le premier pape américain de l'histoire a répété son appel à la repentance, soulignant que ceux qui organisent « des routes de la mort » en profitant de la détresse des migrants s'exposent à la colère de Dieu.

Cette prise de parole intervient lors de la deuxième journée de son séjour aux Canaries, qui constitue la dernière étape d'une tournée espagnole d'une semaine. Tout au long de son voyage, le pontife avait déjà insisté sur la dignité et les droits fondamentaux des migrants, exhortant les dirigeants mondiaux à les accueillir et à les intégrer. Mais vendredi, il a employé un ton plus direct, s'adressant nommément aux passeurs.

Une visite au cœur de la crise migratoire

Avant cette déclaration, le pape s'est rendu dans un centre d'hébergement temporaire situé à Tenerife, la plus grande île des Canaries. Ce centre, ouvert en 2021, a accueilli environ 70 000 personnes depuis son inauguration. Sur place, il a écouté des témoignages de migrants arrivés après avoir traversé l'océan Atlantique dans des embarcations de fortune souvent surchargées.

L'une d'elles, Bousso Diouf, a confié au souverain pontife que les migrants ne demandaient pas de privilèges particuliers, mais simplement « du respect, de l'humanité et la possibilité de vivre dans la dignité ». Ses propos ont résonné avec le message constant du pape tout au long de sa visite.

L'archipel des Canaries, situé à plus de 1 000 kilomètres des côtes espagnoles, est devenu une porte d'entrée majeure pour les migrants africains. En 2024, selon les données officielles, 46 843 personnes y ont débarqué, contre moins d'un millier en 2015. L'organisation non gouvernementale Caminando Fronteras estime que plus de 3 000 migrants ont péri en 2025 en tentant d'atteindre les îles.

Un appel à la responsabilité des dirigeants

Plus tôt dans la semaine, le pape avait déjà averti les chefs d'État que l'histoire condamnerait ceux qui laissent souffrir les personnes fuyant la guerre ou la pauvreté. En se rendant aux Canaries, Léon XIV a voulu marquer symboliquement sa solidarité avec les migrants et dénoncer les politiques migratoires qu'il juge trop restrictives.

La visite papale a également été marquée par de grandes foules lors des messes publiques à Madrid, où des centaines de milliers de fidèles s'étaient rassemblés. Mais c'est aux Canaries que le message le plus fort a été délivré, directement aux trafiquants. « Repentez-vous tant qu'il est encore temps », a insisté le pape, faisant référence à la croyance catholique selon laquelle une confession sincère peut éviter la damnation éternelle.

Ce déplacement s'inscrit dans la volonté de Léon XIV de placer la question migratoire au cœur de son pontificat, en accord avec les positions de ses prédécesseurs. La visite de Tenerife et les paroles prononcées vendredi devraient renforcer le débat sur l'accueil des migrants en Europe et les responsabilités des États face aux drames en mer.