L'organisation Inside Track, jusqu'alors inconnue en France, a publié mardi 2 juin un rapport accablant pour la grande distribution. S'appuyant sur les témoignages anonymes d'une quinzaine de cadres dirigeants de l'agroalimentaire, des coopératives agricoles et même des distributeurs, le document dénonce un système organisé visant à tirer les prix alimentaires vers le bas, avec des conséquences néfastes sur la qualité des produits et la transition agroécologique.

« Ce sont des acteurs de l'intérieur qui ont envie que les choses changent », explique Mathieu Dalmais, porte-parole de l'ONG en France. Selon ces « insiders », la pression permanente sur les coûts conduit à des pratiques délétères : « Nous avons vu dans nos entreprises des recettes appauvries, de l'eau ajoutée, des ingrédients remplacés par des additifs, des approvisionnements déplacés vers des pays plus lointains ou avec des normes de qualité plus basses. »

L'obsession du prix bas

Le rapport pointe une « obsession du prix bas » qui empêche toute transformation durable du secteur. « Dès qu'un acteur essaie de sortir du cadre imposé par le prix bas pour investir sérieusement dans la transition écologique et sociale, il se retrouve en difficulté face à ceux qui continuent à jouer la vieille partition du volume, du prix d'appel et de la compression des coûts », peut-on lire dans le document d'Inside Track.

Cette mécanique, déjà dénoncée par d'autres organisations, renchérit le prix des produits vertueux. Inside Track met en lumière la « péréquation de marge » pratiquée par les enseignes : les produits frais, bio ou plus durables se voient appliquer des marges élevées pour financer celles, plus réduites, sur les produits d'appel industriels (bières, pâtes à tartiner…) qui attirent la clientèle. Selon l'ONG, la marge moyenne sur les produits de marque distributeur bio peut dépasser de quinze points celle des articles premier prix.

Des propositions pour sortir du modèle

Pour contrer ce système, Inside Track formule plusieurs recommandations à destination des pouvoirs publics. Elle préconise notamment de limiter la publicité des produits nocifs pour la santé et l'environnement, d'imposer davantage de transparence sur l'origine des matières premières et le niveau d'ultratransformation, et surtout de mettre fin à la péréquation de marge.

Le rapport évoque également l'idée d'un panier de références de qualité vendu à prix coûtant, une proposition déjà portée en France par un collectif d'associations (Familles rurales, Foodwatch, France Assos Santé, le Secours catholique, Greenpeace, Cancer colère, etc.).

Première action en France

Fondée en mars 2025, Inside Track se présente comme un organisme financé par des fonds philanthropiques. Elle avait déjà publié fin 2025 un rapport similaire sur les filières britanniques de la viande et du lait. Cette publication française constitue sa première action de communication dans l'Hexagone.

Ce rapport intervient dans un contexte de vives critiques envers la grande distribution : une commission d'enquête sénatoriale l'a récemment accusée de fragiliser les filières alimentaires, tandis que l'association Que Choisir lui reproche des marges excessives sur les fruits et légumes bio. Inside Track ajoute ainsi sa voix à un concert de dénonciations qui monte à l'approche de l'examen du projet de loi d'urgence agricole.