Un tournant réglementaire à Bruxelles
Les eurodéputés ont donné leur feu vert, en milieu de semaine, à un assouplissement significatif des règles encadrant la mise en culture de végétaux modifiés par les nouvelles techniques génomiques (NTG), parmi lesquelles figure l'outil CRISPR. Cette décision marque une inflexion majeure pour l'Union européenne, qui, depuis les années 1990, appliquait une législation très stricte sur les organismes génétiquement modifiés (OGM). Désormais, les agriculteurs pourront plus facilement cultiver ces plantes génétiquement éditées sur le sol européen.
Promesses de résilience face au dérèglement climatique
Les partisans de l'édition génétique estiment que ces techniques permettront de développer plus rapidement des variétés végétales mieux adaptées aux sécheresses ou à certaines maladies, des enjeux que le changement climatique rend de plus en plus pressants. La capacité à cibler avec précision des gènes spécifiques, sans nécessairement introduire de matériel génétique étranger, distingue ces NTG des OGM transgéniques de première génération. Selon certains chercheurs, cette différence justifierait un encadrement moins contraignant que celui appliqué aux cultures OGM traditionnelles.
Un retour de la polémique sur les « aliments Frankenstein »
Ce revirement législatif ravive pourtant des inquiétudes anciennes. Il y a trente ans, les produits agricoles OGM étaient souvent qualifiés d'« aliments Frankenstein » par des militants écologistes et une partie de la presse. Les critiques redoutaient alors des risques d'allergies, de résistances aux antibiotiques ou d'autres conséquences sanitaires non maîtrisées, ainsi que la contamination des cultures conventionnelles par des gènes modifiés. En dépit des évolutions techniques, ces méfiances persistent et les récentes annonces ont suscité l'opposition de plusieurs groupes environnementaux et de syndicats de petits exploitants.
La crainte d'une agriculture à deux vitesses
Au-delà des questions sanitaires, ce sont les implications économiques qui focalisent les résistances. Les semences obtenues par NTG seront vraisemblablement commercialisées à des prix élevés, et les droits de propriété intellectuelle associés à ces innovations pourraient être détenus par un petit nombre de grandes entreprises de biotechnologies. Les opposants estiment que ce dispositif risque d'accentuer les inégalités entre les agriculteurs, en rendant les petits producteurs dépendants de semences coûteuses et protégées par des brevets.
« Les décideurs de l'UE ont choisi de privilégier les profits de quelques géants de la biotech plutôt que les droits de ceux qui nous nourrissent », a réagi Mute Schimpf, porte-parole de l'organisation Friends of the Earth (Les Amis de la Terre) dans les heures qui ont suivi le vote. Cette déclaration illustre le fossé qui sépare les promoteurs de la technologie et les organisations de défense de l'agriculture paysanne et de l'environnement.
Un processus législatif encore inachevé
Pour autant, le dispositif adopté par le Parlement européen n'est pas encore définitif. La législation devra encore faire l'objet de négociations avec les États membres de l'Union avant sa mise en application définitive. Les discussions à venir promettent d'être serrées, tant les positions divergent entre capitales, mais aussi entre acteurs économiques et associatifs. Le texte final pourrait inclure des garde-fous supplémentaires concernant l'étiquetage, la coexistence avec les filières conventionnelles et biologiques, ou encore les mécanismes de surveillance des effets à long terme sur les écosystèmes et la santé.