Pour faire face à l'envolée du coût des engrais, l'exécutif européen a soumis une aide financière d'un montant de 107 millions d'euros à destination des exploitants agricoles français. Cette proposition, rendue publique ce mardi, vise à atténuer l'impact de la flambée des cours sur un secteur déjà fragilisé.
Un soutien ciblé sur la France
Selon les informations disponibles, la France serait le pays européen « le plus durement touché par les conséquences de la crise au Moyen-Orient » en matière d'approvisionnement et de coût des engrais, a indiqué Christophe Hansen, commissaire européen chargé de l'agriculture et de l'alimentation, dans un entretien accordé à un quotidien régional. Ce constat justifie la rapidité et l'ampleur du dispositif proposé par Bruxelles.
Les engrais, dont les prix avaient déjà bondi après le déclenchement du conflit en Ukraine, connaissent une nouvelle poussée inflationniste. Les perturbations des routes maritimes en mer Rouge et l'instabilité au Proche-Orient perturbent les chaînes d'approvisionnement mondiales de matières premières essentielles à la production d'ammoniac et d'urée, éléments clés des fertilisants azotés.
Des modalités encore à définir
Le montant de 107 millions d'euros proviendrait de la réserve agricole de la Politique agricole commune (PAC), un fonds d'urgence destiné à faire face aux crises exceptionnelles. Les modalités précises de distribution aux agriculteurs français n'ont pas encore été détaillées. La proposition devra être examinée par les États membres et le Parlement européen avant d'être définitivement adoptée.
Cette enveloppe intervient alors que les producteurs français de céréales, d'oléagineux et de betteraves, grands consommateurs d'engrais azotés, voient leurs marges se comprimer dangereusement. Les organisations professionnelles agricoles réclamaient depuis plusieurs semaines des mesures d'urgence face à la nouvelle flambée des prix, qui intervient au moment des achats stratégiques pour les semis d'automne.
Une crise qui s'ajoute à d'autres difficultés
La filière agricole française doit déjà composer avec une météo capricieuse, des charges énergétiques élevées et une réglementation environnementale de plus en plus contraignante. La hausse des prix des engrais, qui peut atteindre 40 à 50 % sur un an, compromet les équilibres économiques de nombreuses exploitations.
L'initiative de la Commission européenne est saluée par les syndicats agricoles, même si certains jugent le montant insuffisant au regard de l'ampleur des besoins. « C'est un premier pas, mais les agriculteurs attendent des solutions structurelles pour ne plus être dépendants des importations », a réagi un porte-parole d'une organisation professionnelle, reprenant les propos rapportés dans la presse.
Des discussions en cours au niveau européen
Le dossier sera inscrit à l'ordre du jour du prochain Conseil des ministres de l'agriculture de l'Union européenne. Plusieurs autres États membres, notamment ceux du sud de l'Europe, pourraient également demander à bénéficier de dispositifs similaires si la crise devait s'étendre.
En attendant, les agriculteurs français espèrent une adoption rapide de ce plan d'aide, afin de pouvoir honorer leurs commandes d'engrais pour la prochaine campagne. Bruxelles, de son côté, insiste sur la nécessité de soutenir la souveraineté alimentaire européenne face aux chocs extérieurs.
Ce coup de pouce financier ne résout pas pour autant le problème de fond de la volatilité des marchés des matières premières agricoles. Des réflexions sont en cours au niveau communautaire pour renforcer la résilience du secteur, notamment via le développement de la production d'engrais verts ou la réduction de la dépendance aux importations de gaz naturel, indispensable à la fabrication des fertilisants azotés.