Les autorités européennes ont infligé à AliExpress une amende de 550 millions d'euros (environ 629 millions de dollars) pour ne pas avoir empêché la vente de produits illicites sur sa plateforme. Il s'agit de la sanction la plus élevée jamais imposée en application du règlement sur les services numériques (Digital Services Act, ou DSA), le nouveau cadre de modération des contenus en vigueur au sein de l'Union européenne.
Une sanction historique
Cette décision marque un tournant dans la mise en œuvre du DSA, entré en vigueur progressivement depuis 2023. Les services de Bruxelles reprochent à AliExpress de n'avoir pas mis en place les mesures suffisantes pour détecter et retirer les biens interdits mis en vente par des commerçants tiers sur sa marketplace. Les produits concernés incluent des marchandises contrefaites, des substances dangereuses ou encore des équipements non conformes aux normes européennes. L'enquête, menée par la Commission européenne, a conclu à un manquement grave et répété aux obligations de diligence imposées aux très grandes plateformes en ligne.
Le montant de l'amende, fixé à 550 millions d'euros, représente un record absolu depuis l'application du DSA. Ce texte permet aux régulateurs de sanctionner les entreprises jusqu'à 6 % de leur chiffre d'affaires annuel mondial en cas d'infractions. Selon plusieurs sources concordantes, la somme retenue est proportionnelle à la taille et à la puissance financière du groupe Alibaba, maison mère d'AliExpress, qui réalise un chiffre d'affaires annuel de plusieurs dizaines de milliards d'euros.
Un contexte de régulation accru
Cette amende intervient dans un climat de durcissement réglementaire à l'égard des grandes plateformes numériques, en particulier celles originaires de Chine. Outre AliExpress, d'autres acteurs majeurs du e-commerce asiatique font l'objet d'une surveillance renforcée de la part de l'Union européenne. Les autorités entendent ainsi lutter contre la prolifération de produits illégaux ou dangereux vendus en ligne, qui échappent souvent aux contrôles nationaux traditionnels.
Le DSA impose aux plateformes de grande taille des obligations strictes en matière de transparence, de modération des contenus et de protection des consommateurs. Les manquements constatés chez AliExpress portent principalement sur l'absence de mécanismes efficaces pour signaler et retirer rapidement les annonces frauduleuses. La société est également critiquée pour ne pas avoir fourni aux autorités judiciaires les données nécessaires pour identifier les vendeurs indélicats.
Implications et suites
AliExpress dispose désormais d'un délai pour se conformer aux exigences du DSA, sous peine de sanctions supplémentaires. L'entreprise pourrait contester la décision devant la Cour de justice de l'Union européenne, une procédure qui pourrait s'étaler sur plusieurs années. En attendant, cette amende record envoie un signal fort à l'ensemble du secteur : l'Europe entend faire respecter ses règles, y compris face aux géants technologiques internationaux.
Les experts juridiques soulignent que cette décision pourrait faire jurisprudence pour d'autres enquêtes en cours menées contre des plateformes comme TikTok, Meta ou X (anciennement Twitter), qui font aussi l'objet d'investigations au titre du DSA. La Commission européenne a déjà annoncé qu'elle intensifierait ses contrôles sur les places de marché en ligne, en particulier celles qui importent des produits depuis l'Asie.
Pour AliExpress, cette amende constitue un revers majeur dans sa stratégie d'expansion en Europe. La plateforme, très populaire auprès des consommateurs pour ses prix attractifs, devra investir massivement dans des outils de modération et de conformité si elle veut éviter de nouvelles sanctions et préserver sa réputation sur le marché européen.