La Banque centrale européenne (BCE) a annoncé ce jeudi 11 juin une hausse de son principal taux directeur, une première en près de trois ans. L'institution a porté le taux de dépôt de référence à 2,25 %, décidant d'une majoration d'un quart de point de pourcentage. Cette décision, qui marque la fin de sept réunions successives sans changement à 2 %, intervient dans un contexte marqué par la résurgence de l'inflation dans la zone euro, attribuée aux répercussions économiques du conflit en Iran.

Les responsables de la politique monétaire, réunis à Francfort, ont justifié cette orientation par la volonté de contenir la hausse généralisée des prix tout en surveillant les risques pour la croissance. L'économie de la zone euro, déjà fragile, pourrait subir des tensions supplémentaires sous l'effet d'un coût du crédit plus élevé, qui renchérit les emprunts pour les ménages et les entreprises, mais améliore en contrepartie la rémunération de l'épargne.

Inflation repartie à la hausse

L'institution a indiqué que le conflit au Proche-Orient était à l'origine de nouvelles tensions inflationnistes. Depuis le déclenchement de l'offensive américano-israélienne contre l'Iran, le taux annuel d'inflation dans la zone euro a grimpé à 3,2 % au mois de mai, un niveau nettement supérieur à l'objectif de 2 % fixé par l'institution. Le détroit d'Ormuz, passage stratégique pour le transport mondial de pétrole et de gaz, demeure presque totalement inaccessible, ce qui perturbe les approvisionnements énergétiques et alimente la hausse des prix.

Lors d'une conférence de presse postérieure à l'annonce, la présidente de la BCE, Christine Lagarde, a déclaré que la banque était « bien positionnée pour faire face à l'incertitude engendrée par la guerre » et qu'elle adopterait « une approche pragmatique, fondée sur les données disponibles, réunion après réunion ». Elle a également précisé que les conséquences du conflit sur l'inflation et la croissance à moyen terme dépendraient de « l'intensité et de la durée du choc des prix de l'énergie, ainsi que de l'ampleur de ses effets indirects ».

Perspectives économiques revues à la baisse

Dans ses nouvelles projections, la BCE a relevé sa prévision d'inflation pour l'année en cours, la portant à 3 %, contre 2,6 % lors de ses estimations de mars. Parallèlement, elle a abaissé sa perspective de croissance économique pour la zone euro à 0,8 %, contre 0,9 % auparavant. Les décideurs ont reconnu que « les perspectives restent incertaines, avec des risques haussiers pour l'inflation et des risques baissiers pour la croissance économique ».

Cette hausse du coût de l'argent intervient après une longue pause dans le resserrement monétaire : le dernier relèvement des taux dans l'Union monétaire remontait à septembre 2023. La BCE se trouve confrontée à un exercice d'équilibriste, devant conjurer la spirale inflationniste sans précipiter le retournement de l'activité économique.