La BCE agit face à la flambée des prix

Pour la première fois depuis septembre 2023, la Banque centrale européenne (BCE) a relevé ses taux d'intérêt. L'institution a porté son principal taux de dépôt de 2 % à 2,25 %, une décision motivée par la hausse de l'inflation dans la zone euro, elle-même alimentée par les perturbations énergétiques liées à la guerre en Iran.

Le taux d'inflation annuel dans la zone euro a atteint 3,2 % en mai 2026, contre 3 % le mois précédent, un niveau nettement supérieur à l'objectif de 2 % que s'est fixé la BCE. Avant le déclenchement du conflit, l'inflation se situait juste en dessous de cette cible. La hausse des prix de l'énergie, consécutive à la fermeture du détroit d'Ormuz depuis plus de trois mois – une voie maritime cruciale pour le transport du pétrole et d'autres marchandises –, est le principal facteur de cette accélération.

Un calendrier de resserrement monétaire

Les marchés financiers intègrent désormais deux nouvelles hausses de taux d'ici le printemps 2027, ce qui porterait le taux directeur à environ 2,75 %. La BCE était restée jusqu'ici en position d'attente, espérant qu'un accord de paix entre les États-Unis et l'Iran permettrait de limiter les tensions inflationnistes et d'éviter un resserrement monétaire.

Cette décision marque un tournant : la BCE cherche à agir précocement pour maîtriser l'inflation, après avoir été critiquée pour avoir tardé à relever ses taux en 2022, lors de l'invasion de l'Ukraine par la Russie, ce qui avait alors contribué à une flambée des prix à deux chiffres.

Des perspectives économiques assombries

Le conflit au Moyen-Orient pèse sur l'économie de la zone euro. La confiance des consommateurs a chuté, tandis que les entreprises et les gouvernements voient leurs coûts énergétiques augmenter. Les économistes anticipent un net ralentissement de la croissance, certains évoquant même un risque de récession. La BCE devrait d'ailleurs réviser à la baisse ses prévisions de croissance pour 2026 et 2027.

« Quoi qu'il arrive avec le conflit, on peut soutenir que beaucoup de dégâts ont été causés à l'inflation à court terme », a estimé Frederik Ducrozet, responsable de la stratégie et de la recherche macroéconomique chez Pictet Wealth Management. Selon lui, même si le détroit rouvrait, les perturbations des approvisionnements énergétiques ne cesseraient pas immédiatement et les « risques inflationnistes » persisteraient.

Un équilibre délicat entre croissance et prix

Si la hausse des prix justifie le resserrement monétaire, la BCE doit également composer avec les signes de ralentissement économique. Un certain nombre d'analystes redoutent qu'une hausse des taux ne soit une erreur dans un contexte de croissance atone. Ils comparent la situation actuelle à celle de 2011, lorsque la BCE, alors présidée par Jean-Claude Trichet, avait relevé ses taux à deux reprises avant d'être contrainte de les abaisser quelques mois plus tard sous la direction de Mario Draghi.

Pour l'heure, la présidente de la BCE, Christine Lagarde, doit s'exprimer lors d'une conférence de presse afin de préciser les intentions de l'institution pour les mois à venir. Les investisseurs guettent ses déclarations pour savoir si la BCE s'engage dans un cycle de hausses prolongé ou si cette première hausse reste une mesure ponctuelle.

Un mouvement mondial

La BCE est la première grande banque centrale à réagir directement à l'inflation provoquée par la guerre en Iran. D'autres institutions financières dans le monde ont déjà relevé leurs taux, comme en Afrique du Sud, en Australie et en Norvège. La Banque du Japon devrait également procéder à une hausse la semaine prochaine. Aux États-Unis, la Réserve fédérale (Fed) se réunit également la semaine prochaine, et si elle ne devrait pas modifier ses taux pour l'instant, les investisseurs parient de plus en plus sur un relèvement d'ici la fin de l'année face à l'accélération des prix.

Des risques de second tour

Pour l'instant, les économistes n'observent pas de « effets de second tour » significatifs, c'est-à-dire une spirale dans laquelle la hausse des coûts de l'énergie entraînerait des revendications salariales plus élevées, qui à leur tour alimenteraient l'inflation. Cependant, le risque existe si la guerre se prolongeait. La BCE devra donc surveiller de près l'évolution des salaires et des prix à la consommation pour adapter sa politique monétaire.

En attendant, la hausse des taux de la BCE constitue un signal fort : l'institution est prête à agir pour maintenir la stabilité des prix, même au prix d'un ralentissement économique temporaire. Reste à savoir si ce resserrement sera suffisant pour juguler l'inflation sans plonger la zone euro dans une nouvelle crise.