Une étude publiée vendredi établit un lien direct entre le réchauffement climatique provoqué par les activités humaines et la vague de chaleur qui accable actuellement l’Europe de l’Ouest. Menée par des scientifiques du réseau World Weather Attribution, cette analyse comparative de plusieurs décennies de relevés thermiques montre que l’épisode caniculaire de juin 2026, aussi intense qu’étendu géographiquement, n’aurait “pas été possible” sans l’accumulation dans l’atmosphère de gaz à effet de serre issus de la combustion d’énergies fossiles.
Un événement rendu possible par le réchauffement
Selon les travaux des chercheurs, une telle période de chaleur, qui a battu des records de température de l’Espagne à l’Allemagne, conserve une probabilité de survenue inférieure à 1 % par an dans le climat actuel. Cependant, ce seuil de rareté relative masque une transformation profonde : le même phénomène aurait été “virtuellement impossible” il y a un demi-siècle, lorsque la température moyenne de la planète était inférieure d’environ 1,1 degré Celsius à celle d’aujourd’hui. En comparaison avec le début des années 2000, période où le globe était déjà plus frais de 0,6 °C, les chances d’observer une telle canicule étaient déjà significativement plus faibles.
Theodore Keeping, climatologue à l’Imperial College de Londres et principal auteur du rapport, a déclaré : « Cet événement n’aurait pas été possible en juin sans le changement climatique. » Il a ajouté que la fréquence future de ces épisodes dépendra des efforts des nations pour réduire leurs émissions.
Une comparaison avec la canicule de 1976
Les scientifiques ont choisi de confronter la vague de chaleur actuelle à celle de l’été 1976, qui avait frappé le Royaume-Uni avec une intensité alors inédite. Cette année-là, des incendies avaient ravagé des parcs urbains, du chocolat avait fondu dans les magasins et les bougies des églises s’étaient affaissées sous la chaleur. Dans une rame de métro londonienne bloquée, des passagers avaient vomi et brisé les vitres pour chercher de l’air, certains s’étant évanouis.
Mais Friederike Otto, qui dirige World Weather Attribution, a précisé que la canicule de 1976 était moins étendue sur le continent européen, moins humide, et que les températures maximales enregistrées en juin en Grande-Bretagne ont déjà été dépassées cette semaine. « Le schéma météorologique en lui-même n’est pas particulièrement inhabituel, ce sont les températures qui le sont », a-t-elle expliqué. « Du moins, elles l’étaient avant le réchauffement d’origine humaine. »
Un mécanisme météorologique classique amplifié
L’épisode de chaleur actuel résulte d’un système de haute pression stationné au-dessus de l’Europe, qui aspire de l’air brûlant depuis l’Afrique du Nord. Ce type de configuration, appelé “dôme de chaleur”, est connu pour provoquer des vagues de chaleur estivales en Europe de l’Ouest. L’analyse des chercheurs a estimé qu’une canicule de probabilité comparable à celle de cette semaine aurait produit des températures diurnes moyennes inférieures d’environ 2 °C dans les années 2000 et de 3,5 °C en 1976.
Le rapport n’a pas encore été soumis à une revue par les pairs, une pratique courante pour les évaluations rapides d’attribution d’événements extrêmes. Les résultats confirment néanmoins une tendance documentée : le réchauffement climatique augmente la probabilité et l’intensité des canicules, transformant des phénomènes météorologiques ordinaires en crises sanitaires et économiques.
Des risques sanitaires et économiques en hausse
Au-delà de la démonstration scientifique, cette canicule expose les populations à des risques accrus pour la santé, en particulier les personnes âgées et les travailleurs en extérieur. Les records de températures nocturnes, qui empêchent le corps de récupérer, aggravent le danger. Les autorités locales de plusieurs pays ont activé des plans d’urgence, tandis que les systèmes de santé se préparent à une hausse des admissions pour coups de chaleur et déshydratation.
Les conséquences économiques sont également tangibles : transports perturbés, baisse de productivité dans les secteurs exposés, et stress supplémentaire sur les réseaux électriques en raison de l’utilisation massive de la climatisation. Pour les scientifiques, l’enjeu est désormais de savoir si les gouvernements accéléreront leurs engagements de réduction des émissions pour limiter la fréquence de tels extrêmes.