Le géant des puces électroniques Nvidia a dévoilé une avancée majeure dans la conception thermique de ses infrastructures dédiées à l'intelligence artificielle. Sa nouvelle architecture de refroidissement, capable de faire circuler un liquide caloporteur à 45 degrés Celsius, promet de ramener à presque zéro la consommation d'eau à l'intérieur même des centres de données. Pourtant, cette innovation technologique, si elle réduit significativement l'empreinte hydrique directe, laisse entier le problème de la consommation d'eau indirecte, notamment celle liée à la production d'électricité.

Un système en boucle fermée sans évaporation

La nouvelle génération de matériel Nvidia, nommée Rubin, est la première à fonctionner entièrement avec un refroidissement liquide. Chaque composant – puces et éléments réseau – est refroidi par un liquide circulant dans un circuit fermé, sans aucun ventilateur. Selon Ali Heydari, directeur du refroidissement et de l'infrastructure des centres de données chez Nvidia, ce système « a une consommation d'eau nulle » grâce à l'utilisation de dry coolers. « C'est un système en boucle fermée sans refroidissement par évaporation d'eau, sauf peut-être 1 % de l'année où nous pourrions avoir besoin de refroidisseurs dans certains climats », a-t-il expliqué.

Cette approche contraste avec les centres de données traditionnels refroidis par air, où la climatisation et les tours de refroidissement consomment d'énormes volumes d'eau. Nvidia affirme qu'une installation hyperscale de 50 mégawatts peut économiser plus de 4 millions de dollars par an en coûts énergétiques et hydriques en adoptant cette infrastructure liquide. Le fabricant indique également que le refroidissement représentait historiquement jusqu'à 40 % de la consommation électrique d'un centre de données.

Une collaboration industrielle de longue date

L'écosystème suit le mouvement. L'entreprise Motivair, division de refroidissement avancé de Schneider Electric, travaille aux côtés de Nvidia depuis près d'une décennie. Son président et directeur général, Richard Whitmore, a souligné que le passage au refroidissement liquide est devenu inévitable à mesure que la densité de puissance par puce augmentait. « Une fois que les watts par puce ont franchi un certain seuil, le refroidissement liquide est devenu obligatoire », a-t-il déclaré.

L'eau en amont : le maillon manquant

Si le nouveau système de Nvidia réduit considérablement la consommation d'eau sur site, des analystes soulignent que l'empreinte hydrique réelle de l'intelligence artificielle provient en grande partie de la production d'électricité. Les centrales électriques, en particulier les centrales thermiques à combustibles fossiles et les centrales nucléaires, utilisent d'importantes quantités d'eau pour le refroidissement. Or, les centres de données d'IA sont extrêmement gourmands en énergie. Ainsi, même si l'eau n'est plus utilisée directement dans les bâtiments, elle reste consommée indirectement via le réseau électrique.

Cette nuance est cruciale alors que la demande en IA explose et que les infrastructures se multiplient. Nvidia, en se concentrant sur l'efficacité interne de ses centres de données, répond à une partie du problème environnemental, mais la question plus large de la soutenabilité hydrique de l'IA – liée à la source d'énergie – reste ouverte. Les experts appellent à une approche holistique prenant en compte l'ensemble du cycle de vie énergétique et hydrique des systèmes d'intelligence artificielle.